Par Anna Rios-Bordes

Le réalisateur de Pi et Requiem For a Dream, Darren Aronofsky (41 ans), semble être abonné aux grands succès. The Wrestler avec Mickey Rourke avait obtenu le Lion d’or en 2008. Black Swan est nominé aux Oscars cette année. Le film sera demain sur les écrans français. Buzz garanti.

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Black Swan est un film à sensations fortes, à mi-chemin entre deux genres : film d’horreur et thriller psychologique – proche du genre italien appelé Giallo. Nina (remarquable Nathalie Portman), jeune ballerine consciencieuse sur-couvée par une mère névrotique, obtient le rôle de la reine des cygnes dans le ballet Black Swan. Ce rôle schizophrénique va mettre en exergue ses troubles psychologiques, le côté obscur de Nina finissant par se matérialiser sous forme d’hallucinations.

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Black Swan est une merveille visuelle. Darren Aronofsky mêle les textures d'image (argentique, numérique). Sa caméra, tremblante, explore la psyché vacillante de Nina. Les couleurs, très travaillées comme chez Tarantino, servent la dichotomie de fond entre le bien et le mal, le cygne blanc et le cygne noir : le rouge du sang tranche sur les papiers peints noir et blanc. L’éveil à la sexualité de Nina est très graphique. De même que la présence allégorique de la ville de New-York, monstre dangereux. La transformation de Nina en cygne noir, tardive, est un vrai régal cinématographique. Les effets spéciaux épousent parfaitement l’hyper-réalisme du jeu de Portman.

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En ayant recours à l’esthétisation des blessures et en matérialisant l’ascèse physique de Nina, le film évite de discourir sur la souffrance. L’absence de moralisation sur un sujet qui s’y prêtait (le bien et le mal) est appréciable. Dommage que le scénario, en revanche, concentre autant de poncifs : la danse classique et la quête de perfection, de contrôle (scarification, anorexie), le chorégraphe français qui est volage, la mère tyrannique qui projette ses échecs sur sa fille (les amateurs du film Carrie y verront un clin d’œil au personnage de la mère de Carrie), la vraie rivale de Nina c’est elle-même... Certaines lourdeurs symboliques auraient pu être évitées, comme la scène où Nina jette ses peluches pour s’affranchir de l’enfance.