In addition to being a cinephile's tribute (to Wong Kar Wai's slow motion, Almodovar's colors and Truffaut and Godard's fashions...), Heartbeats is also a visual interpretation of modernity.

So familiar are we with the whole vintage phenomenon -through our peculiar excitement for the arcane and our glorifying of decline- that we sometimes forget to take notice of it. Not Xavier Dolan, a film genius who hails from Quebec. His camera, neither moralizing nor complacent, captures the hybrid aesthetic heritage of the present generation.

a Dolan's heroine, the disarming yet stylish Marie (played by Monia Chokri), embodies beautifully the meeting of past and modernity. She goes out, drinks, smokes, has all the concerns of a modern woman, and sleeps with men she despises. Through her passion for clothes and for 60s design, she is firmly rooted in the past. Her Paul&Joe-clad contemporaries mock her penchant for retro fashions: "They say I look like a 60s housewife", she tells her best friend Francis (played by Xavier Dolan himself). His answer: "Your dress is rather anachronistic". She insists: "But it's vintage!". "Yeah, well, that doesn't mean it looks good!".

While Marie's love of all things old is perhaps excessive (she sends a love letter sealed with wax), Francis embodies a more complex appropriation of the past. A James Dean wannabe with a dubious quiff, he wears London-preppy pants and Paul Smith sweaters. His style is subtly old-hat, but sufficiently pure to still be modern. His rigidity and freshness are reminiscent of Tom Ford's darlings.

a Marie and Francis are in love with the same man, Nicolas. Nicolas is not as trendy as them, with a shapeless t-shirt that droops over his shoulders and baggy trousers. He is the fallen angel, a fair-skinned pretty boy that Rohmer might have cast in (...) He comes from the back country, is immune to influences and is definitely the character whose appearance is the most timeless. The scene, in which Marie and Francis show each other their gifts for Nicolas (a straw hat and an orange cashmere sweater) symbolizes the transfer of influence through objects.

a The variety of aesthetic infuences is even more potent in the sets: the kitsch backdrop of the hair salon where Francis tends to his quiff, the entrance of the old neighborhood theater, are in contrast with the grungy interiors of student apartments, louche Japanese restaurants and the blue disco wig of the girl who hits on Nicolas.

Knowing hommage to the New Wave or record of the retro habits of young people in the 21st century? The line is blurry. It is precisely the clash of filmic references that reveals in Dolan's work an eclectic sense of aesthetics; a knowing synthesis of folk, pop, rock and electro. Of course, it is the portrait of group within a generation (urban hipsters), and in that sense it is limited. But in an epoch where design and fashion have become way mroe democratic, at a time when the turntable is rivalling the ipod, who really is safe from being labelled a retro-hipster?

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Xavier Dolan's Heartbeats has just been released in the US. a

Les amours imaginaires et l’esthétique d’une génération

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Hommage cinéphile (à Wong Kar Wai pour les ralentis, Almodovar pour les couleurs, Truffaut et Godard pour les looks…), l’esthétisme du film Les amours imaginaires est aussi une réflexion imagée sur la modernité.

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A force d’interpréter le phénomène vintage – étrange emballement passéiste, apogée du déclinisme… - nous oublions d’en observer les formes. Xavier Dolan, petit prodige Québécois, s’en est chargé. Sa caméra, ni complaisante, ni moralisatrice, filme l’héritage esthétique d’une génération. Enfin un jeune cinéaste photographie l’esthétique hybride de la jeunesse d’aujourd’hui.

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L’héroïne de Dolan, la désopilante et racée Marie (Monia Chokri), incarne à merveille la synthèse entre le passé et la modernité. Elle a des préoccupations de femme actuelle, sort, fume, boit, couche avec des hommes qu’elle méprise un peu. A travers la passion qu’elle nourrit pour les vêtements et le design des années 1960, elle se situe aussi dans le passé. Cette coquetterie rétro lui vaut les quolibets de ses contemporaines sapés Paul & Joe : « Elles m’ont dit que je ressemblais à une ménagère des années 1960 » confie-elle à son meilleur ami Francis (Xavier Dolan). Meilleur ami qui surenchérit : « Ta robe, c’est légèrement anachronique ». Elle se défend : « C’est du vintage !». « Oui bah ça ne veut pas dire que c’est joli !».

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Si Marie est excessive dans son rapport au passé (elle envoie une lettre d’amour cachetée à la cire…), Francis incarne un modèle d’appropriation du passé plus ambigu. Ersatz de James Dean, il arbore une banane qui tire vers la houppette, porte des pantalons de style preppy londonien et des pulls Paul Smith. Son style est subtilement suranné, mais suffisamment épuré pour être moderne. Il a la raideur et la fraicheur des égéries de Tom Ford.

Marie et Francis sont amoureux du même homme, Nicolas. Nicolas est moins branché, a un t-shirt informe qui bave sur ses frêles épaules, le pantalon flottant. Il est l’ange indolent tombé du nid, le bellâtre à la peau laiteuse que Rohmer aurait aussi bien pu filmer dans Les amours d’Astrée et Céladon. Il vient d’une campagne reculée, échappe aux influences et est certainement celui dont l’image est la plus intemporelle. La scène où Marie et Francis se montrent les cadeaux qu’ils vont offrir à Nicolas (un canotier et un pull en cachemire orange) est le symbole de la passation des influences par les objets.

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Le mélange des influences esthétiques est encore plus prégnant quant il s’agit des décors : le salon de coiffure kitsch où Francis va se faire dresser la houppette, l’entrée du vieux théâtre de quartier où Nicolas invite Marie, contrastent avec les intérieurs grunge des appartements d’étudiants, le glauque du restaurant japonais éclairé au néon et la perruque disco bleue de la fille qui drague Nicolas sous les yeux de ses proies.

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La limite entre l’hommage assumé à l’époque de la Nouvelle Vague et la photographie des mœurs rétros de la jeunesse du XXIème siècle peut paraitre floue. Justement, le mélange des influences cinématographiques révèle chez Dolan une plastique éclectique, une synthèse assumée entre folk, pop, rock et électro. Bien sûr le portrait générationnel est celui d’un milieu - les bobos citadins - et n’est pas exhaustif. Mais à l’heure où le design et la mode se démocratise, à l’heure où l’ipod rivalise avec le lecteur vinyle, qui n’est pas un peu bobo-rétro sur les bords ?

a Sa-de Traduction Sarah Hook Pictures from: toutlecine.com et clubado.fr