« C'est la partie qu'on entrevoit qui marque ».

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L'univers de Frédéric Laurent fait rire en même temps qu'il inquiète. Les images qu'il construit sont comme évidentes. Ce raconteur d'histoires né croque paisiblement les travers de ses contemporains. Avec malice. Et sans nostalgie.

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People Are Strange : Comment définirais-tu ton style?

Frédéric Laurent : Ce que je fais est assez inspiré de la BD. Le problème c'est que quand on y regarde de plus près, la BD c'est un peu tout et son contraire. Il y a des très bon dessinateurs et des moins bons, des chercheurs et des petits artisans du dessin, des virtuoses et des laborieux... J'essaie de faire des images que j'aimerais bien voir avec mes moyens. Je bosse en fonction du destinataire. Je fais des livres de jeunesse mais également des boulots de commandes avec mon agent Karine Garnier, des affiches, du story bord... C'est bien, ça permet de varier les plaisirs.

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PAS : Qui sont les illustrateurs que tu admires?

F. L. : Il y en a des brouettes, de Gustave Doré à Lewis Trondheim. J'aime bien les gens qui font leur truc dans leur coin et qui construisent leur univers tranquille en se détachant peu à peu de leurs influences. Gagner sa vie avec le dessin c'est déjà admirable.

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PAS : Être illustrateur de livres c'est un peu être militant du bon vieux temps, non?

F. L. : Je ne suis pas très nostalgique. Je pense que demain c'est mieux. C'est ma principale différence avec Michel Sardou, cela dit en passant.

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PAS : L'humour est prégnant dans tes dessins. Tu t'inspires de faits réels?

F. L. Cela dépend. Je regarde autour de moi. Parfois il y a des idées à prendre. Ce que j'aime, c'est raconter des histoires aux autres. Encore faut-il qu'il y ait des gens disposés à les écouter… Utiliser l'humour je trouve que c'est plus poli. C’est un peu comme dire: "Vous m'accordez un peu de votre temps et en échange, j'essaie de vous faire marrer." Quand ça marche c'est bien. Sinon, évidemment ça peut être gênant.

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PAS : Les dessinateurs sont-ils de grands enfants?

F. L: Comme tous les gens qui font du dessin, je dessinais petit et puis j'ai continué. J'ai pas mal de souvenirs liés au dessin, des images reconstruites à partir de choses vues.

Cela dit je pense que ce qui m'a donné envie d'en faire mon métier n'est pas une volonté de prolonger l'enfance mais plutôt de m'emmerder le moins possible en tant qu'adulte. Je n'ai pas de mauvais souvenir de mon enfance, mais je crois que je m'emmerdais un peu. Alors je dessinais pour me raconter des histoires. En revanche, si un illustrateur semble être atteint du syndrome de Peter Pan, je trouve ça suspect. Quand j'étais enfant, je ne comprenais pas tout des histoires que je lisais et qui me touchaient. Je crois que cela ne dérange pas les enfants de ne pas tout saisir du premier coup. Ils ont l'habitude. C'est la partie qu'on entrevoit qui marque. Par exemple, je re-regarde le baron de mMunchausen alors que cela fait une éternité que je ne me suis pas fait une bonne soirée "la bande à Dingo". Faut pas croire, les enfants, c'est pas tous des cons.

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PAS: Quelle est ta BD préférée?

F. L. : Cela dépend des jours. Je peux relire certains albums des "Tuniques bleues" sans jamais me lasser. Si je pouvais faire un bouquin comme ça, je serais content.

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PAS: Où te trouve-t-on le lundi à 21h?

F. L. : J'aimerais dire: en train de commencer une longue nuit de travail solitaire et acharné. Ce n'est pas le cas. Je ne suis pas un travailleur de la nuit. Le soir et la nuit, c'est bien pour sortir boire des bières avec ses potes.

Dessins Frédéric Laurent

www.fredericlaurent.com

Propos receuillis par Sa-de.