Alice van den BROEK réalise avec Soldat de bois son premier court-métrage. Bien entourée (Philippe Sarde signe la BO), la jeune réalisatrice s’amuse avec délicatesse des codes du film sur l'adolescence.

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Les thèmes classiques liés au passage adulte sont abordés : l’ennui de Mathieu, durant un été qui s’étire, dans la maison de ses parents ; la recherche d’évasion entre aventure physique et psychologique ; l’initiation qui finit dans la transgression (Mathieu vole les clés de la voiture et fugue dans la nuit...).

Mais la timide rébellion du protagoniste sert avant tout une cinématographie originale, étrangement située entre académisme et anticonformisme. Le cadrage en diagonale dans la ferme abandonnée de la jeune fille que poursuit Mathieu est un premier coup de pied aux conventions. La narration subite à la quatorzième minute – qui pourrait être un sage clin d’œil à la Nouvelle Vague si elle n’était pas si  impromptue et isolée – est un autre soubresaut stylistique.

Les trouvailles audacieuses de la mise en scène (Mathieu qui se courbe pour éviter une haie invisible) et les changements de rythme dans le film sont autant d’insoumissions au formalisme du sujet et à la prudence du scénario. Comme si Alice van den BROEK dévoilait jusque dans la réalisation formelle de son projet l’essence du paradoxe adolescent. La fin du film, traitée façon série B, est à cet égard un joyeux pied de nez.

Soldat de bois parvient sans lourdeur à retranscrire à l’image le flou entre rêve et réalité. Le chien que suit Mathieu – possible réminiscence du lapin d'Alice au pays des merveilles – semble irréel. La fantomatique cavalière qui le nargue dans les bois a la froideur des héroïnes des sœurs Brontë. Le réalisme des scènes en famille est atténué par un son ouaté, filtré par les songes de Mathieu.

L’identification de la caméra au corps de Mathieu fonctionne parfaitement. L’esthétique des muscles qui se déploient est filmée avec appétence. Des allures de Jeremiah Johnson échappent des close-ups. L’irrésistible Mayeul van den BROEK campe un Mathieu à la facétie sérieuse. Son charisme nonchalant est digne du Belmondo de Godard. A peine regrette-t-on l’amateurisme des seconds rôles, tant ce premier film est une leçon de détermination et de justesse.

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Sa-de.

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