Par Carrie Badshow

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Les couples qui se ressemblent, les jumeaux dicephalus de l’accouplement, ceux qui banalisent quotidiennement l’inceste avec leur faciès en miroir, ces couples là foutent le blues. Pire, ils remettent en cause les fondamentaux de l’orientation du désir : nous ne désirons pas l’autre, nous nous désirons nous-mêmes.

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Pardon, je me présente. Chercheuse de Mr Big à Big Apple, de Louboutins en alligator, rangez les chiens. Baissez votre frontale rose fluo, je suis là, c’est moi la remplaçante de Carrie de Sex and The City. Version allocations chômage et brosse à chiotte Big D Store. Mais quand même. Je fais les mêmes moues qu’elle ! Si, si. Des moues de sotte transcendée par l’éclair d’une idée terne, des moues improbables empruntées à Michel Galabru qui font regretter à ma nuisette Soleil Sucré – Soleil Sucré est à la lingerie ce que le bacon est à la gastronomie – le temps béni passé dans les rayons du Tati de Dardilly à l’abri des torpeurs métaphysiques d’une même plus vierge effarouchée.

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Tout comme Carrie, je m’envoie des cosmos avec les copines le vendredi (des cosmos maison sans citron ni canneberge, à base de tequila, et sans copine à vrai dire), je crie « taxi ! » comme on crache un glaviot, avant de chevaucher mon vélo, fatiguée d’avoir daté des hommes aussi pétillants de PBR que délicieusement surpondérés en gras.

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Je me pose, tout comme Carrie, des questions existentielles à teneur socio-anthropo-morphologique. Et voici donc la dernière : Where does desire come from (à lire la bouche en cul de poule) ?

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La pensée philosophique sur le désir n’a pas encore envahi le web (Justin Timberlake instrumentalisant le pouvoir cybernétique mieux que Platon), et étant de toute façon une « chroniqueuse » vendue à la cause de l’hyper-temporalité et de l'approximation, je vous livre pêle-mêle quelques pistes de réflexions sur le pourquoi du comment on finit avec un mec qui a la même tête que nous.

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Grosso merdo, c’est assez déprimant : le désir suppose la conscience d'un manque qui traduit notre imperfection. Donc, en matière de désir de l’autre, pour les narcissiques que nous sommes, le plus arrangeant est de désirer quelqu’un de similaire qui nous fait croire que nos imperfections sont minimales.

Lacan dit que "nous courons de signifiant en signifiant" sans jamais trouver une réponse à la question "pour quel signifié" ? Nous cherchons la représentation des choses. Si notre apparence est une représentation de nous, et l’être aimé est une représentation de nous, donc l’être aimé a notre apparence (putain il est de moi, Carrie Badshow, ce syllogisme triomphant). Sartre définit la séduction comme la volonté de capter la liberté de l'autre. Quoi que l’on fasse, la séduction finira par l’action de se conformer l’un à l’autre. Et donc par le sabotage de la liberté de l’autre et du sentiment amoureux. Bon, allez, vous les jetez ces mauvais chocolats au mazapan en forme de cœur ?

René Girard parle du « désir mimétique ». Une affaire de triangle autour de l’objet désiré qui a l’air vachement bien ficelée. Mais j’ai pas trop poussé parce que c’était l’heure de Gossip Girl.

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Moralité, si vous voulez vous sortir de la torpeur moderne, choisissez-vous un homme contraste. Un qui jure avec vos fringues. Un qui joue de la cithare tibétaine en soutane si vous portez des Doc Marteens et les ongles noirs. Un qui nettoie la voiture en Speedo le dimanche si vous êtes du genre à lire Gogol by Brecht sur Bach. Un qui distribue des alcootests à minuit si vous aimez les partouzes souterraines.

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Je vous donne des conseils, mais moi-même j’ai du mal à sortir de ma zone de confort. Je viens de recaler un américain parce qu’il pensait que Bergman était une marque de voiture. Alors que tout le monde sait que c’est un homme politique.

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Heureusement, Hanif Kureishi a dit : « Le désir se moque de tous les efforts humains et leur donne un sens ».