Par T. D. a

Cet été, je suis passée à l’Est. Sans conviction politique aucune, juste enceinte, avec une peur quasi maladive du masque de grossesse, le corps médical m’ayant bourré le mou -en tout bien tout honneur évidemment, je viens de vous le dire, je suis DEJA enceinte- comme quoi le soleil c’est mal, c’est péché et en plus c’est l’année prochaine. Cette année c’est pluie, grisaille, crise économique, chômage de masse et misère. Alors ramassez votre moral à zéro ma p'tite dame et circulez y’a rien à voir.

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Mais la vitamine D me direz-vous, on la trouve dans la currywurst peut-être ? C’est ce que je suis partie vérifier à Berlin avec mon compagnon, humeur bras dessus bras dessous, en avant toute camarade, cap sur le Reichstag !

Bien. En fait, le Reichstag, nous n’avons pas pu rentrer. On s’est juste contenter de déjeuner sur l’herbe en face, avec notre Tupperware de salade –je vous rappelle que nous sommes français, il n’est pas question de dépenser en nourriture étrangère mais de simplement la critiquer, car admettons-le une bonne fois pour toute, chez les étrangers, c’est dégeulasse- nous nous étions fait refouler à l’entrée : « désolé, vous n’êtes pas sur la liste. Et en plus on a dit pas de baskets ». Ah bon. Quelle liste au fait ? Eh bien celle où tout bon touriste qui se respecte est déjà inscrit via internet voyons car l’espèce de fayot a préparé son séjour deux mois à l’avance et, certes, il se trouve dans la même file d’attente que vous mais il est en règle lui. Il a son nom sur la liste cette enflure. Et bien sûr il rentre sous votre nez. D'ailleurs il commence à me courir mais je m’abstiens de l’insulter car il ressemble à ça (ici en compagnie de sa femme).  Je crois que ce n’est pas la peine d’en rajouter.

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De toute façon, ce n’est pas vraiment pour le Reichstag que nous sommes venus à Berlin hein ? Allons plutôt voir la topographie de la terreur me dit mon cher et tendre. Puis le Führerbunker. Et pourquoi ne pas allez s’acheter de belles figurines nazies pour reconstituer d’émouvantes scènes de la seconde guerre mondiale je lui propose ? Et tant qu’à être dans la fraîcheur et la détente, on peut également aller se recueillir sur la tombe de Knut ?

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Aussitôt proposé aussitôt adopté, nous voici au Zoo de Berlin à flâner dans les 35 hectares en admirant les 1 400 espèces et 14 000 animaux répertoriés, accompagnés des 3,2 millions de visiteurs annuels. Une véritable promenade de santé. Mais ? Horreur! Les vendeurs de saucisses et d’objets-de-bon-goût en tout genre n’ont plus en stock le badge ”Knut forever in our heart”! Il ne reste plus que la magnet ! Là je pique une crise, trop c’est trop. Je dois m’oxygéner la tête et commencer mon travail de deuil pour effacer tous ces souvenirs.

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Je propose le Tiergarten, le fameux poumon vert de Berlin, capitale qui, je vous le dis en passant, comprend un nombre impressionnant de parcs, de rivières, de lacs et de forêts ce qui fait des déjeuners sur l’herbe un véritable art de vivre. Ou pas.

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Pour se faire, mon compagnon me propose d’utiliser les transports en commun car c’est tout de même de l’autre côté de la ville et nous n’avons pas pris nos runnings. Rien de plus simple me direz-vous, munissons-nous d’un plan S et U Bahn. Non, trop large. Un autre s’il vous plaît. Bien, maintenant, déplaçons-nous de A à B sachant que la S1 est en panne, que le Ring ne fonctionne que dans un sens, que les… Ok, je vois que personne ne s’amuse, eh bien nous non plus figurez-vous, nous ne nous éclatons pas franchement, surtout lorsque nous tombons nez à nez avec un agent de la stasi euh de la DB bahn en civil, qui nous demande notre ticket de transport alors que nous n’en avons pas. Nous avions néanmoins un speech bien ficelé de type “What do you want, do you want me to go back to my plane ?”. Echec cuisant.

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Munis de notre amende de 40 euros, nous sortons du métro la tête basse, l’œil humide et le vague à l’âme. Il va nous falloir affronter la DB bahn en personne, dans ses immenses locaux qui ressemble étrangement au repère des maîtres du monde. J’ai peur. Je serre très fort la main de mon aimé et je me lance dans un monologue en anglais pas piqué des hannetons comme dirait ma grand-mère, “moi touriste, moi pas comprendre, moi pas vouloir payer 40 euros, toi moche”. Heureusement, mon compagnon se ressaisit et applique la pratique du Hey Baby de yaaba3dhoom. Ouf. Résultat : 7 euros chacun, une nana hyper étonnée que des français viennent payer leur amende et… Hum, je vois que certains sont autant passionnés par ce que je raconte que par un épisode du Renard et commencent à se dire que s’ils doivent se farcir tout mon séjour, ils ne vont plus tenir bien longtemps. J’abrège vos souffrances : Berlin c’est chouette, certainement pas autant que Fredo qui fait la cuisine, faut pas déconner, mais c’est champêtre tout plein. Et en plus là-bas on peut s’habiller en lait, rencontrer Ray l’Homme des Bois, s’asseoir avec le parti pirate au Parlement, se bécoter via son mobile et découvrir la terrifiante vérité sur la chute du mur de Berlin.

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*Ne pas comprendre “Je suis un petit pain frit fourré de confiture”. Merci.