Par M.L.B a

A l‘occasion d‘un festival annuel, les Inrockuptibles dépêchent à la ville rose un éventail d’artistes brassant l’actualité musicale alternative. LA FEMME, Cults, Laura Marling et James Blake animent les planches du Bikini. Compte rendu d’un concert en crescendo.

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En périphérie de Toulouse, 21 heures, un lundi de novembre. D’aucuns s’accordent à penser le Bikini comme une référence en matière de salle de concert. The Shoes le qualifiait sur Twitter « meilleure salle de France ».

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Pourtant la qualité n’attire pas toujours la quantité. Un public peu dense, au regard de pareille programmation, honore le rendez-vous. Vingtenaires et trentenaires sont majoritaires. A croire que les kids, éreintés par les Nuits Sonores invitées à Toulouse la semaine passé, ne nourrissent-ils pas la bravoure de rempiler.

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Alignés au devant de la scène, les blonds et la blonde peroxydés de LA FEMME ouvrent le bal. Entre les partitions azimutées déjà beaucoup écoutées (Sur la planche, télégraphe, Amour dans le motu) des trublions d’une scène française au bord de l’essoufflement, s’intercalent les titres du tout neuf EP From Tchernobyl With Love. La surf-music et l’hybridation de 60’s et de 80’s, desquelles les biarrots puisent leur identité- des chansons déviantes aux attitudes cools et timbrées- se cognent à une écriture flirtant avec les ombres. En toute dextérité. Pour autant le groupe à géométrie variable semble avoir gagné en musicalité et en rectitude ce qu’il a perdu de son badinage turbulent. En quelque mois, la toute jeune FEMME aurait-elle acheminé ses premiers pas vers l’âge adulte ?

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Madelin Follin et Brian Oblivion forment le noyau dur de Cults. Sur les planches, le couple est épaulé de musicos insolents de capillarité. Au point que, mauvaise foi aidant, se penserait-on assister à une prestation de métal symphonique. Les New-Yorkais livrent pourtant une pop rafraichissante et modérément sucrée. Go Outside, Oh My god ou encore Never Heal Myself sont autant de mignardises égrenées en toute décomplexion. Sexy et entrainantes. Le son n’est hélas pas au rendez-vous. En incombe t-il aux balances à l’emporte pièce caractérisant trop souvent les festivals. Guitares boursouflées et voix comprimée retiennent Cults au sol et l’auditoire au désappointement.

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Au tour de Laura Marling de pousser la chansonnette. L’Anglaise infuse ses ballades bucoliques, aux couleurs de sa terre natale. Fingerpicking et mélancolie. Cordes boisées et dépaysement. On ne regrette que l’absence de cervoise et de petits lutins au bar. La tournée tavernier!

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James Blake, tout propret et beau gosse, comme à l‘accoutumée, déboule sur scène accompagné de ses habituels batteur et guitariste, au parfait (non) look geek s’il en est.

a Après deux titres envoyés en guise d’échauffement, I Never Learn To Share donne le la. Electronique, dubstep et soul croisés, forment un gigantesque édifice de modernité à toute épreuve, d’une puissance sonore imparable. L’Anglais innove et touche au cœur. Avec lenteur et intensité. Ses instrumentalistes parfont et aiguisent l’art du contretemps (CMYK). Cueillent le groove dans l’immobilité et le silence (Limit To Your Love).

a Aux suites de Wilhelms Scream, issue crève-cœur de trois renversants quarts d’heures, le mot de génie- pourtant si difficilement assignable- effleure nos lèvres émues.

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Credit photo Gaetan Ducroq