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Avec Black Light, virée joueuse en district pop, Sam Genders étrenne Diagrams. L’expatrié de Tunng déballe ce premier album à la faveur de douceurs mélodieuses et de connexions géométriques.

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Par Marc Louis Bonomelli

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Il est des disques qui nous saisissent tout de suite, sitôt les premières notes vrombies. Ceux là, immédiats et accrocheurs, nous abandonnent souvent bientôt. Trop de fois, la griserie que nous souffle un morceau s’échappe comme une passion fugace. Ces musiques que l’on complait à passer ad nauseam, viennent vite fausser compagnie à la frénésie éprouvée lors des écoutes initiales. Alors on s’échine à ressasser à nos esgourdes lassées ces seules chansons, entraînés par l’espoir de reconquérir les frissons d’au début. Pour finalement ne plus y croire, et se rabattre sur de nouvelles caisses à tubes réservant la même traitrise.

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D’autres disques à l’inverse laissent de marbre longtemps avant de ravir. Ceux-ci, impénétrables, obscurs et complexes -voire inharmonieux-, exigent du temps et de la sueur cérébrale pour se trouver domptés. Pour s’ouvrir et livrer leur grâce et leurs secrets - si tant est qu’ils en recèlent et qu’ils n’appartiennent pas à ceux qui se griment de sophistication pour masquer leur vacuité-, ces albums appellent une écoute des plus attentives et zélées. Mais, sitôt élucidées les énigmes de leurs constructions tortueuses, apprivoisées leurs notes sauvages, ou encore dénoué le dédale de leurs rythmes ésotériques, le plaisir de leur écoute ne lâche pas.

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Black Light n’est ni de ceux-ci, ni de ceux-là. L’album, publié sur Full Time Hobby (Tunng, Timber Timbre), se situe précisément entre le terminus de l’instantanéité lassante et celui de l’œuvre difficile d’accès. A l’instar de Sufjan Stevens, qui sur The Age Of Adz, édifiait des cathédrales pop entre terre et ciel, avec le tracé de l’architecte et la fibre fantaisiste de l’enfant, Sam Genders signe un disque à la symétrie idéale. Ex membre d’honneur de Tunng et fondateur de Diagrams, le Britannique s’est attaché à marier velléités expérimentales aux douceurs mélodiques - au demeurant très caractéristiques de son groupe d’origine. Ce nouvel effort, dispensateur d’un ravissement certain, s’écoute d’une traite la première fois. Mais il se dévoile tout autant les autres fois, à la manière de ces films que l’on aime à revoir encore et encore, parce que délivrant une foule de détails passés inaperçus auparavant.

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D’abord, on est caressé par la voix douce et grave de Sam, les accords et arpèges acoustiques (Night All Night, Péninsula), les lignes de basse engageantes (Antelope, Tall Buildings- qui, Lo-fisé, aurait pu figurer sur le dernier Ariel Pink) et l‘électronique omniprésente, paradoxalement d‘une rare discrétion.

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Puis, on découvre que ces mêmes chansons sont touchées d’une géométrie de haute volée: les cordes de guitare sont enduites de touches électroniques millimétrées, les mesures frottées de violons aussi sobres qu’altiers, les rythmes et les sonorités bio-synthétisés. L’exemple le plus éclatant n’est autre que le morceau titre, Black Light, où bips et bleeps de synthèse se jettent en un harmonieux gribouillage autour de la trame d’un véritable tube pop.

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Un cas d’école.

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