Par Philippe Coussin-Grudzinski a

On a tendance à l’oublier par les temps qui courent : il est recouvert par une capuche bordée de raton laveur ou d’une chapka en lapin, mais le chignon-crotte est toujours là. Vous ne voyez pas de quoi je parle ? Mais si, ce chignon fait à la va-vite par toute bonne connasse qui se respecte, qui crée une petit boule sur ses cheveux tirés, et donne l’impression d’être le nœud d’un emballage cadeau, comme si les filles qui le portent étaient offertes, là, tout de suite, comme des objets dont il suffirait de déballer l’emballage pour jouir.

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Mais n’allons pas trop vite en besogne, d’abord, essayons de comprendre pourquoi ce chignon-crotte pullule dans nos villes. Première raison : la connasse au chignon-crotte n’a manifestement pas eu le temps de se laver les cheveux avant de partir pour son open-space du neuf-deux (ou de la rue Montorgueil) : son temps, elle l’a passé à hésiter entre un jean slim noir taille haute et un jean slim noir taille basse. Et à avaler un café, en deux-deux (elle fait toujours tout en deux-deux, la connasse). Du coup, au lieu d’assumer sa chevelure sale, wild, qui, aurait pu, pour une fois, lui donner un semblant d’humanité, la connasse se fait ce chignon-crotte, comme ça, ses cheveux sont bien tirés et elle a l’impression d’être classe.

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Deuxième raison : la connasse pense que le chignon-crotte est un signe de distinction sociale lui permettant d’assener aux autres qu’elle en est, que c’est une connasse véritable since 1986. Ou 76, mais les connasses de 1976 ont 29 ans for ever. Déduction : la connasse a un faible pour Bourdieu, qu’elle a lu quand elle était en terminale littéraire à Sainte-Marie de Neuilly (ou dans un lycée français à l’étranger, ou dans un lycée de banlieue/province qu’elle préfère cacher). Elle n’a pas tout compris, évidemment, son chignon-crotte n’étant pas une extension de son cerveau miniature, mais tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle ne veut certainement pas entendre parler de Lahire et de l’éclectisme des élites. Pour elle, l’élite, ça brille, c’est coincé, c’est parfait, tout juste ça s’équipe d’une veste militaire kaki délavée pour aller shopper dans les friperies de Williamsburg lors d’un week-end à NYC, parce que tu comprends, les friperies, ça pue et c’est pour les pauvres, mais Elle dit que ça fait hipster alors j’y vais quand même.

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Troisième raison : exclusivement esthétique. Là, tout s’écroule. La connasse au chignon-crotte qui pense avoir une coiffure ne trompe personne : elle n’a pas de coiffure, et quand j’en croise une dans la rue, je m’empêche de lui dire que son truc là, ça ressemble au nœud d’un filet de pommes de terres, à un bolduc mal noué sur un emballage cadeau. Du coup, j’ai envie de prendre des ciseaux, de lui couper, de la voir s’exciter contre moi en poussant des petits cris très fort, en sautillant sur ses Louboutins ou assimilés, comme une dinde, jusqu’à pleurer, et la laisser là, humiliée, avec sa touffe de cheveux par terre, sans savoir quoi faire, anéantie. Mais ça dépend des jours.

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Certains jours, le chignon-crotte ne me donne pas que des envies de meurtre. Il me donne, paradoxalement, des envies de sexe. Pas de faire l’amour, non, du sexe rapide, consommable, jetable : j’ai envie de prendre la connasse par son extension capillaire, et de lui faire comprendre, comme ça, sans préliminaires, contre le mur d’un immeuble classé monument historique parce que je tiens quand même à respecter son standing, que sa crotte fait d’elle un emballage cadeau qui ne mérite rien de plus : après tout, sur les emballages cadeaux, on trouve bien la mention « plaisir d’offrir », et je trouve que tout se perd un peu de nos jours. Alors, chère connasse, avant de te coiffer d’une crotte le matin, pense un peu à tout ce que tu suscites dans mon imaginaire : tout, vraiment tout, sauf la classe.

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