Par Sal Moriarty

Les Black Keys c’est 10 ans de blues rock, sûrement 10 ans de galère aussi... Le dernier album marque un véritable tournant dans leur carrière, bien que celui-ci fut déjà amorcé par l’album précédent Brother. Tout comme la citrouille se transforme en carrosse dans Cendrillon, le garage Rock peut lui, se transformer en Pop. Pourquoi ce choix ? Après un album en hommage à l’un des plus grands bluesman (Junior Kimbrough) et après un passage par le rap avec Blakroc, pourquoi décider maintenant d’aseptiser les guitares, de rajouter un son électronique, bref pourquoi devenir Pop ?

Ce genre de débat renvoie toujours à deux types de réactions : les fans de la première heure se sentiront trahis, trompés, et peut être même violés dans leur intime (oui quitte à aller loin dans les superlatifs autant y aller à fond). Et de l’autre coté, ceux qui découvriront les Black Keys sur France Inter, ou dans la publicité d’une célèbre marque de voiture, et qui y verront un renouveau du rock. Les premiers traiteront les seconds d’incultes, les seconds traiteront les premiers de puristes.

La promotion autour de l’album ne laissait pas imaginer ce tournant, le clip du premier single était empreint d’une tonalité décalée. Le riff, bien que répétitif était néanmoins efficace et envoutant. Ce clip était un peu là pour rassurer les fans de la première heure, tout comme votre copine qui, n’osant pas vous avouer qu’elle vous a trompé vous déclare droit dans les yeux « Mais non t’inquiètes pas, tout va bien ».

Vous avez beau augmenter le volume, vous sentez qu’il manque cette force, ce grain que possédaient les albums précédents.

Le problème est qu’une fois l’album glissé dans le lecteur, vous sentez bien que quelque chose cloche, que quelque chose n’est plus comme avant. Ce n’est pas le groupe que vous connaissiez, déjà la présence de chœurs dans beaucoup de chansons vous déstabilise, et ce bourdonnement électronique omniprésent vous empêche d’entendre clairement les riffs. Il n’y a plus le côté brute que vous aimiez tant, les guitares sont comme emprisonnés, le son est léché, beaucoup trop léché justement.

Ce genre de tournant est toujours assez risqué pour un groupe de rock, cette métamorphose vise à échanger un public rock, contre un public « populaire», mais cela est loin d’être évident. Le public qu’a formé le groupe autour de lui au fil des années est un public que l’on pourrait considérer comme puriste, il voit assez rapidement la différence entre les albums,  le public  « pop » bien que plus nombreux (donc plus intéressant d’un point de vue de rentabilité) a la fâcheuse tendance à suivre les modes. Le public des premières heures déçu par l’album peut ne jamais vous pardonner et rejeter le groupe, le public « pop » quant à lui n’est pas très fidèle car papillonne d’un genre à un autre sans jamais vraiment se poser.  On peut perdre tout public rapidement, et il faudra alors savoir se faire pardonner l’album suivant. C’est dans ce genre de cas que l’on entend le fameux : « il marque un retour aux sources par cette album ! », comprenez : « Ok les mecs j’ai fait le con, le producteur m’avait dit que ça marcherait. »

La pochette de l’album Camino représente le break dans lequel les deux membres du groupes ont dormi pendant des années, on saisit alors la difficulté des années passées et peut être cette envie de revanche, c’est l’album Brother qui a amorcé ce virage et qui leur a ouvert cette possibilité de toucher un public plus large. La pochette de l’album peut faire figure de rupture avec un passé. Le futur nous dira ce qu’il en sera, mais il faut bien comprendre que le rock ne doit pas être léché et aseptisé, encore moins le garage Rock, ça doit sentir la sueur, le whisky et le sexe, et surtout pas le neuf.

Cette année, les Black keys et Izia ont tenté ce changement, Jack White, fait attention a toi, on te surveille !