Par Sal Moriarty

Où est passée la Rock’n roll attitude ?

A ses débuts, le mouvement rock était indissociable d’une certaine contestation, qui revendiquait des émancipations sociales, une contre-culture et un non-conformisme. C’est cette transgression qui constituait l’attitude du rockeur, elle était le symbole d’une certaine liberté. Mais sans ça, le rockeur finit par n’être qu’un stéréotype dont la différence ne repose que sur des critères esthétiques.

Mais voilà, le problème majeur aujourd’hui est que la transgression fait partie intégrante du système. Les rockeurs qui se voulaient non-conformistes se sont retrouvés avec un marché qui leur offre le stéréotype du rockeur. Tout le monde peut être rock, de la jeune étudiante fauchée qui trouvera son perfecto chez Pimkie, au jeune bourgeois adepte de la notion de « Luxe abordable » qui se tournera vers The Kooples, ou Zadig et Voltaire qui ont fait du rock l’esprit de leur marque. On se souvient que The Kills fut d’ailleurs l’égérie de ces derniers il y a deux ans.

Le post-modernisme dans lequel nous sommes encrés, fait que l’on peut s’habiller rock sans l’être. L’un de ses principes est que l’on peut vider de son sens tout objet pour le rendre acceptable pour tous, ou au contraire prendre un objet qui ne possède pas d’attribut rock et lui en donner, à la manière de Duchamp désignant son urinoir comme œuvre d’art par la célèbre phrase : « Ceci est de l’art ». Aujourd’hui le rock, qui fut l’un des symboles des grandes batailles (sociales) des années 60 par ses chanteurs emblématiques, n’a plus rien de transgressif, car il est aujourd’hui dépossédé de toute sa substance. L’exemple le plus marquant reste la chanson Natural’s not in it de Gang of Four, groupe très engagé des années 80. Les paroles dénoncent la société des loisirs et l’aliénation qu’elle engendre. Il est quand même légèrement contradictoire que cette chanson se retrouve vingt ans plus tard dans une publicité pour Xbox…

Aujourd’hui, point de Bob Dylan contemporain pour nous mettre en garde sur les problèmes futurs. La transgression des artistes repose désormais majoritairement sur le fameux buzz qui vise à choquer pour choquer, mais en ne remettant rien en cause.

La majorité des artistes rock d’autrefois sont devenus les garants de cet ordre social qu’ils combattaient, et cela explique la douce hybridation que l’on retrouve maintenant, celle du jeune bourgeois rockeur.