Anna Rios-Bordes

Hit & Miss, nouveau phénomène de la télévision british imaginé par Paul Abbott, met en scène Mia (Chloé Sévigny), transsexuelle tueuse à gage qui découvre qu'elle est le père d'un enfant de 7 ans, Bryan. La mère de Bryan, Wendy, morte d'un cancer, l'a nommé tutrice légale. Mia débarque dans la famille de la Wendy et décide d'adopter ses quatre enfants orphelins. Elle va alors devoir apprendre à mener une double vie, du point de vue professionnel comme sexuel, dans une campagne hostile.

La dureté de la vie est au coeur de ce huit clos familial où tout le monde étouffe. La série, assez sinistre, se concentre sur ce qu'il reste d'humain après le drame. Et le drame s'invite en permanence : décès, viols, meurtres, disparitions, sont autant d'évènements qui nourrissent un lien étroit - de confiance et de peur - entre les personnages.

Les thèmes de l'identité, du changement, du deuil sont traités avec distance. Les émotions grouillent en sourdine. L'atmosphère, pénible, semble annoncer l'orage. On est pas loin du cinéma suédois…

La froideur des plans, la sécheresse des dialogues, font de Hit & Miss une série singulière, à des années lumière de la morbidité flamboyante des programmes américains. Un parallèle peut être fait avec Dexter, dans l'idée du père de famille tueur solitaire. Mais le traitement est radicalement différent : le soleil de Miami est ici remplacé par la pluie de la campagne anglaise, la grisaille, la brume et les plaines verdâtres. Les femmes sont battues, tristes et silencieuses. Elles sont femmes au foyer, prostituées ou forraines.

L'implacabilité du destin de Mia est saisissante. Sa vie lui échappe. Elle vit comme un robot, exécute ses missions, en longeant les murs habillée de noir. Elle n'a pas l'argent pour payer son changement de sexe. Quand elle est soûle, elle se frappe le pénis, cette chose pendante et dérangeante. Ces moments de pure violence infligée à elle-même semblent étrangement libérateurs. Comme si là, enfin, elle agissait pour (ou contre) elle.

Les incessants allés-retours de la voiture de Mia devant la maison peuvent être perçus comme une allégorie de sa peur de l'engagement. La cabane que Bryan a construit dans le jardin symbolise le délitement du nid familial. C'est là le principal problème de la série : le spectateur est systématiquement livré à ses propres interprétations. Les éternelles ellipses et suggestions finissent par créer un vide. Et le vide étalé sur 15 épisodes c'est plombant comme une insolation.

Notons que Chloé Sévigny livre un merveilleux jeu d'actrice. Les scénaristes semblent d'ailleurs n'écrire que pour elle. On aurait quand même aimé s'attacher un peu plus aux autres acteurs, assez inexistants.

http://www.youtube.com/watch?v=4loJKcwhYWs