Par Sal Moriarty

Après 7 ans d’absence Fiona Apple est de retour avec un album au titre à rallonge "The Idler Wheel is Wiser than the driver of the screw and whipping cords will serve you more than ropes will ever do". Plus court que le titre de son deuxième opus qui comptait soixante mots...

Fiona Apple est une écorchée de la vie. Elle est une des personnes les plus créatives de ces dernières années. Propulsée à 18 ans sur la scène internationale avec un premier album qui a fait l’unanimité, elle a crée la polémique  en déclarant lors de la remise de prix au MTV que le monde de l’industrie musical était «  a world of bullshit » et qu’il fallait «  go with yourself » (suivre ses propres règles).

Ses déclarations ont coûté cher. En 2003, Sony music refusait de sortir son album, le trouvant peu commercial car ne permettant pas une diffusion de titres en radio.

Fiona Apple a la chance de posséder des fans très engagés qui organisèrent des pétitions, et siégèrent devant le label pour demander la sortie de l’album. Sony sortit une version totalement remisée en 2005, mais une première version du cd produit par Jon Bryon (le producteur original) était déjà disponible via le net.

Si l’on en croit ces dernières interviews, Fiona Apple vit dans une bulle complètement coupée du monde, se préoccupant peu des actualités musicales.

L’album qu’elle nous offre aujourd'hui est d’une incroyable ingéniosité et possède une grande fraîcheur. Quelque chose qui peut paraître simple au premier abord, le duo piano voix, se trouve réinventé et prend une toute autre dimension. Une dimension construite par la force et les émotions que Fiona Apple transmet à travers sa voix grave et chaude. Voix qui ne cesse d’alterner chuchotements au creux de l'oreille et puissantes poussées lyriques.

L’album donne le La dès le refrain de la première chanson : I jus want to feel everything. On devine là que l’album va explorer toutes les émotions possibles. Le deuxième titre Daredevil est aussi une très belle illustration de l’album : il commence très simplement, puis la mélodie se complexifie et explose dans une apogée où Fiona Apple lance d’une manière viscérale - à vous en donner des frissons - des  « Look at ! Look at ! Look at ! Look at me !».

Dans un monde où les maisons de disque veulent les artistes les plus rentables possible, et leur demandent de sortir un nouvel opus tous les ans, Fiona Apple fait le choix de la rareté et de la qualité.

Les chemins traversés dans cet album sont vastes. Les chansons traitent d'amour, mais aussi de maladie mentale, de difficulté de vivre. Ce travail introspectif, fait de The Idler Wheel, un album riche, complexe, sublime, incroyablement bien construit. A écouter en boucle.

http://www.youtube.com/watch?v=cBdJ6zZhyp8