Par Sal Moriarty

Ereinté que j'étais d’attendre devant ma boite mail une hypothétique réponse à ma demande d’emploi, je me résignais à me tourner vers la télévision afin de relâcher ma pauvre conscience. Tout avait pourtant bien commencé. «Bien écrit et intéressant» furent les termes employés, politesse ou réalité, je n’en sais rien. Mais ce vide laissé dans ma boite aux lettres virtuelles, signifiait un vide réel dans mon estomac et dans celui de mes hypothétiques futurs enfants (non je n’essaye de culpabiliser personne). Heureusement P.A.S fut là pour me sortir de mes déboires...

Bref, attristé, je décidais de me tourner vers la fenêtre sur le monde version 1.0, en espérant pouvoir me divertir auprès de cette vieille compagne. Mais voilà, j’ai un don, une faculté extraordinaire. Les super héros utilisent le terme de «  super-pouvoirs », et hélas, comme certains d’entre eux, je ne maîtrise pas le mien. Mon super-pouvoir c'est qu’au moment où je décide d’allumer le tube cathodique, la moitié des chaines décide que c’est le moment de faire une pause publicitaire. Ce don se déclenche aux moments les plus opportuns. Chaque midi, dès que je pose mon assiette sur ma table à manger, la publicité s'invite. Un dilemme se présente alors : attendre la fin des pubs et risquer de manger froid, ou manger devant les pubs.

Le résultat est toujours le même : au moment ou je finis d’avaler la dernière bouchée de mon plat, l’émission reprend.

Bon, vous ne voyez pas le rapport avec le titre tape-à-l’œil de cet article. Pas de panique, j’y viens.

Je suis donc devant ma télé et je me retrouve nez à nez avec une femme peu vêtue qui me lance des regards insistants (je vous jure que c’est à moi qu’elle les lance), se mordille ses lèvres, avale goulument sa glace, et finit par gémir de plaisir en se caressant le corps. Devant cette scène des plus banales dans le monde de la publicité, mon cerveau me rappelle : «Plus on diffuse une information, plus elle est banalisée et moins elle fait d’effet».

Cette phrase, je la tiens d'Andy Warhol, de sa série Disaster (qui consistait à montrer d’une manière répétitive des accidents de voitures sur un même tableau). La radio à l’époque diffusait le nombre de morts par an sur les routes. Warhol constatait que cette répétition de chiffres, au bout d’un moment, ne le touchait plus. Il avait compris que plus une information est répétée, moins elle touche les personnes. Le message devient aseptisé, vidé de son sens.

Et je constate, moi jeune homme de cette fameuse génération Y, que toutes ces images aux allusions pornographiques ne me touchent plus.

Voir une paire de fesses me fait autant d’effet que de voir un doigt de pied. Ma génération est née un clavier entre les mains, elle a connu les joies du sexe en streaming: «un clic: un porno».

On peut voir quotidiennement des femmes simuler un orgasme après avoir bu une boisson gazeuse ou après s’être parfumées, d’autres se présenter en offrande à des hommes pour un gel douche. Dernièrement on a même eu le droit à un cumshot de Skittles... Que ce soit pour marketer de l’eau, du chocolat, une voiture ou un yaourt, tout est bon pour les pros de la "sexe-pub".

Au début des années 80, en France, la sexe-pub avait un coté subversif, excitant. On bravait l’interdit. Mais maintenant, la sexe-pub est mainstream.

Le problème vient surtout de l’infiltration du porno dans des secteurs où il n’a pas sa place. La pornographie a toujours existé, je ne la remets surtout pas en cause. Mais il y a une différence notable entre vouloir volontairement regarder un porno et voir s'agiter des seins à longueur de journée pour une marque de fromage.

Oh mon Dieu, mais la publicité est en train de tuer ma sexualité !

Jeune poète contemporain, Orelsan, résume assez bien la situation :

«Nos scoots étaient débridés maintenant c'est leur sexualité

Ça me choquerait pas si Marc Dorcel rachetait Walt Disney

Les mères se font lifter, les filles se font plastifier

Bientôt les gamines de huit piges feront du 90B

Ça me choquerait pas de trouver du lubrifiant dans les Kinders»