Propos recueillis par Anna Rios-Bordes

People Are Strange : Pourquoi le nom Deputies ? Vous êtes élus par le peuple, c'est ça ?

Hugues (bassiste) : Grave. Nous sommes le seul groupe élu au suffrage universel direct, une première depuis la réforme constitutionnelle de 1962. Le nom du groupe, ça a été une vraie galère, on n’arrivait pas à se mettre d’accord. Deputies au départ, c’était un nom transitoire. C’était un peu une joke vu que je bosse pour un député. On a « anglicisé » le truc, même si en Anglais, Deputies ne veut pas dire « les députés », mais « les adjoints » ! Peu à peu, et après d’interminables discussions, Deputies a fini par s’imposer naturellement. Les adjoints, c'est pas mal non ?

PAS : Qui compose dans le groupe ?

Hugues : La composition, c’est une mécanique bien huilée. En général, c’est Thomas, (guitare lead), qui amène les riffs de base. On en discute entre nous avant, pour faire un tri entre ce qui nous plait ou pas, ce qu’on sent bien ou pas. Puis on teste ce qu’on a retenu en répétition : chacun amène des idées, rajoute sa patte. On fait tourner, et on voit ce que ça donne. Après, les choses suivent leur cours. Parfois on boucle une tuerie en deux répéts, souvent c’est beaucoup plus long. On abandonne le truc et on y revient bien plus tard. La plupart du temps c’est Sharif (chanteur) qui écrit des paroles. Il accompagne aussi Thomas à la guitare. Baptiste (batteur) consolide la structure des morceaux, et la basse, qui s’ajoute en général en dernier, vient rajouter de la patine au truc.

PAS : Vous préférez vous revendiquer de The Rapture ou de The White Stripes ?

Hugues : Hum. Ca sent le piège… Réponse de Normand, on va dire… The Strokes ! Musicalement, on est très ouvert. Chacun a sa culture de base : punk, britpop, old school… On écoute énormément d’autres choses aussi, notamment en hip hop ou en électro. Mais globalement, oui, on se retrouve tous sous l’étiquette rock, c’est notre culture, notre marqueur génétique. On est tous fan des grands classiques comme Nirvana, Clash ou Beatles mais on écoute également des groupes beaucoup plus modernes. Dont The Rapture par exemple, ou encore Two Door Cinema Club, dont on est absolument dingue. Au-delà des affinités de chacun, ce sont des mecs qui apportent vraiment quelque chose, du rythme, de la nouveauté. The White Stripes, évidemment, là, on touche aux monstres sacrés. C’est un groupe énorme qui a fait renaître le rock’n’roll, même si ça reste très marqué américain, très « Memphis ». Alors, retour aux sources ou regard tourné vers l’horizon ? On va dire quelque part entre les deux : on assimile tout ces noms-là pour essayer de tracer notre propre sillon.

PAS : Vous arrivez dans un bar, on parle de Deputies, qu'est-ce que vous n'aimeriez pas entendre ?

Hugues : C’est malin, cette question, très gourmand, c’est une vraie question de finale (Top Chef représente). Déjà, on sera super content le jour où on rentrera dans un bar et où des mecs parleront de Deputies ! Ensuite, on commandera une bière. Quant à ce qu’on ne voudrait pas entendre, j’imagine que c’est d’être affublé de tout ce qu’on peut reprocher aux groupes que nous-mêmes n’aimons pas : faiblesse des textes, banalité de la composition, manque d’énergie... A l’inverse, se voir comparer sans cesse à des très bons, c’est aussi délicat, parce qu’on aimerait justement apporter quelque chose de différent. Quand on te dit que ton morceau fait très Arctic Monkeys, c’est flatteur bien sûr, mais c’est un peu pesant. On veut que ça sonne Deputies avant tout, même si on est conscient que trouver son identité demande du temps. Finalement, ce qui nous énerverait le plus je pense, c’est qu’on critique notre authenticité. On en est où on en est. Mais on fait tout pour aller le plus haut possible. Deputies, c’est du temps, de l’investissement, et surtout de la sueur. Et ça, personne ne peut nous l’enlever.

PAS : Il faut porter des Ray Ban pour faire du rock garage ?

Hugues : Non, il faut juste savoir changer une roue. Mais avoir la classe, c’est important aussi. Après, bien sûr, on tombe dans l’éternel débat : Wayfarer or Aviator ? That is the question.

PAS : Chanter en français, c'est has been ?

Hugues : Je vais te raconter une anecdote. Il y a deux mois, lors d’une rencontre avec un label bien connu, la DA nous a dit : « C’est pas mal ce que vous faites. Vous avez des titres en Français ? ». Silence. «Non, pourquoi ? ». Silence. « Vous êtes sur un créneau très concurrentiel, la plupart des groupes français chantent en anglais, ce sera donc difficile ». En France, l’exception culturelle a fait beaucoup de mal. Sous prétexte de francophonie, on passe n’importe quelle buse sur les ondes. Il faut arrêter avec ça. Il faut être clair : Daft Punk, Phoenix, Justice, tous ces mecs ne sont pas devenus ce qu’ils sont grâce à Jack Lang et au CNV. Cela dit, on respecte les lignes éditoriales des maisons de disques qui recherchent de plus en plus à exploiter « leur » segment musical. Pour en revenir à la question : non, chanter en Français ce n’est pas has been. Mais ce n’est pas dans notre ADN musical. Le problème, ce n’est pas tant la langue que le genre. Le rock, c’est une sensibilité, un état d’esprit, une essence, même. Chanter en français, pas de problème. Chanter du rock en français, c’est autre chose. A part Noir Désir, qui est quasiment un genre en soi, c’est quand même très casse gueule. A l’inverse, impossible d’imaginer un Gainsbourg en Anglais : ce qu’il représente, ce qu’il chante, c’est très français, et ça ne pourrait pas s’exprimer autrement. C’est un peu difficile à expliquer, mais on peut l’illustrer. Le rock et la langue française, c’est comme la mayonnaise : ça ne prend pas toujours. Si tu n’es pas convaincu, écoute un disque des Libertines. Ca vaut toutes les démonstrations du monde.

PAS : Un été parfait pour Deputies c'est deux semaines à Long Island avec les Rolling Stones ou deux semaines en Camargue avec la tante du bassiste ?

Hugues : Ma tante est très sympa ! Cela dit, elle est un peu trop portée sur le Darjeeling et les Pow Wow. Donc, à choisir…

PAS : San Francisco ou Tokyo ? Amanda Lear ou Beth Ditto ? Suze ou calvados ?

Hugues : Londres. Stop. Karen O. Stop. Lagavulin. Stop.

- Concert le 17 août à l'International - Sortie du premier EP à l'automne - Release Party le 8 décembre au Bus Palladium (avec Cheers)