Par M.L.B

Après une longue mise en sommeil, Beachwood Sparks réveille et dépoussière sa country-folk. Vaste et solaire, la fresque brille des mille feux de la Californie.

Longtemps Beachwood Sparks a lorgné vers le passé. Et longtemps la bande des frères Rademaker s'est claquemurée dans l'édifice passéiste de ses productions. Les années soixante, non celles du psychédélisme luxuriant, moins encore celles de la pop à hoquets de quelque groupe britannique à succès : sur Beachwood Sparks (2000), et Once We Were Trees (2001), il est proprement question de country rock. Dans une tournure somme toute  défraichie.

Deux albums et autant de ratages, critique et commercial, qui précipitent dans l'oubli cette formation éprise des Byrds et du Buffalo Springfield. Ces derniers surtout, et quelques-uns de leurs contemporains, cristallisent tout autant le tronc musical de Beachwood Sparks que ses fascinations les plus ferventes. Car c'est en termes d'adoration religieuse que l'on peut parler du lien unissant nos Californiens à leurs influences. Et les fidèles transis de faire feu de tout bois :

« Encore aujourd'hui, il ne se passe jamais plus de quelques mois sans que nous écoutions The Notorious Byrd Brothers. Pendant plusieurs années, nous avons désespérément essayé de reproduire le son si particulier de cet album ». Au point de sonner comme un boiteux pastiche chrono-daté.

Néanmoins l'insuccès n'est pas total. Une tripotée de groupes (à commencer par les Fleet Foxes, également signés sur le prestigieux label SubPop), ayant rencontré un succès plus ou moins franc pendant la décennie passée, reconnait à Beachwood Sparks un mérite certain. Celui d'avoir ouvert une passerelle nouvelle vers la country et le folk des sixties, sur laquelle d'aucuns marcheront, ramenant un héritage musical estimable – en le déridant au passage – dans les 00's.

Séparation en 2003. La fratrie Rademaker range les aspirations, oublie les studios, découvre la vie active. Moins un abandon de la musique qu'un détachement momentané, ces années de latence sont leur planche de salut. Résurrection en 2008. Les yeux décillés, désaveuglés de la lumière de ses icônes, c'est au tour de Beachwood Sparks de briller. Non plus de refléter les lueurs rétrogrades d'un autre temps. Terminées les lubies de fan-boys, exit le mimétisme à tour de bras.

Et si la toile de fond, la somme des influences, restent inchangées sur ce nouvel album, The Tarnished Gold se voit exfolié des imperfections, des automatismes et des désuétudes de ses prédécesseurs. Toutes les chansons semblent traitées dans quelque raffinerie de l'Amérique pétrolière et distribuées en station-service, tant elles sont pures comme la Route – à faire se damner Dean Moriarty. L'élève a rompu avec le maître. Sa peinture (à l'huile) se passe désormais de modèle.

Au-delà de la maturité conquise lors de la mise en sommeil du groupe, le brio nouveau de Beachwood Sparks réside encore dans le gonflement de son line-up. Ôtée la participation de Thom Monahan (Devendra Banhart, Vetiver, Pernice Brothers...) aux consoles, les rangs du personnel comptent maintenant jusqu'à sept musiciens. Un plan d'embauche en tout et pour tout louable. A l'enregistrement, les tâches judicieusement se répartissent. De bout en bout du présent LP, cette nouvelle donne se palpe, se goûte et se respire : arrangements spacieux, en hyperventilation maitrisée, et harmonies cousues de l'or du ciel s'étreignent sous un crépuscule incessant.

Ce sont de délicieuses fainéantises que les treize chansons de The Tarnished Gold, ensommeillées quelquefois même (Leave That Light On, Nature's Light), sveltes et charriantes souvent (Sparks Fly Again, Mollusk, Tarnished Gold), jamais molles pourtant. Car il y a toujours un banjo taquin, un arpège pétillant de guitare, un piano discret mais calé, ou quelque langue de pedal-steel pour venir réveiller la partition. La minutie fait sortir la  langueur de son lit tranquille.

A des paysages côtiers s'invitent des airs de prairies. Fermiers dans l'âme et rêvant de plage, les plus tout jeunes gars du groupe font se croiser entre les notes moult visages de Californie. Une fresque solaire, atemporelle, où l'apport de la culture mexicaine n'est en rien mise au rebut. En atteste No Queremos Oro, petite marche hispanisante et audacieuse, conduite par l'inénarrable Ariel Pink. Et quoiqu'il démente ses ambitions d'orpailleur, Beachwood Sparks exhume ici une pépite rare de la fange de l'actualité.

Un disque de sable fin.