Par Anna Rios-Bordes

Michel Gondry, qu'on avait un peu perdu sur des projets de commande, revient avec des boules de feu dans les mains.

Son film The We and the I carbure au rythme trépident d'un bus de quartier. La forme est inédite : huis clos en transport public filmé en prises volantes. Le sujet banal : le dernier jour avant les grandes vacances, des ados du Bronx rentrent chez eux en bus.

Le bus s'arrête, des passagers montent, d'autres descendent. Ca, c'est pour le côté théâtre. Les phrases fusent dans une cacophonie hip-hop, ça se chambre, ça se taille. C'est pour le côté - faux - documentaire social.

Le bricolage est réservé aux flashbacks, récits fantasques des ados. Le film devient fiction…

Inclassable, Gondry s'amuse des genres. Avec lui, le cinéma peut surgir de n'importe où.

Les rapports entre adolescents faits d'humiliations et de secrets partagés (sur iPhone) sont donnés à voir par bribes. Le spectateur, invité dans le processus de création, les identifie grâce à des indices épars. Mais que peut-on apprendre de quelqu'un en une heure et demie ? Telle est la question que pose Gondry.

L'influence du groupe sur les comportements est toujours dénoncée avec humour. Le grégaire laisse place à l'intime au fur et à mesure que le bus se vide. On passe du collectif au particulier, du We au I.