Hier on m'a offert Le Petit Paumé, le catalogue des bons plans lyonnais. Trente ans qu'on se mange des bons plans pour provinciaux hystériques, et trente ans qu'on se fait chier. C'est marrant, les ristournes du Bouchon de l'Opéra ou les plans communards au kiwi n'ont pas réussi à me faire oublier que la mort nous guette.

Excusez le dégueuli métaphysique de bon matin, mais il pleut. Quand il flotte, on a le droit de considérer le cosmos, non ? On a même le droit, je crois, de faire des phrases comme ça : il pleut sur ma ville et il pleut sur mon coeur.

Hier on m'a offert Le Petit Paumé. Et si l'hostie était autre chose qu'une vilaine chips, je dirais bien : "Tiens, c'est la main de Dieu". Je suis tellement paumée qu'Il me sert un recueil de feuilles capitalistes pour me le rappeler. Sur la couverture de cet essentiel culturel, des dents de requins aussi menaçantes que mon avenir. Et un excellent jeu de mots de la rédaction : "A la découverte de l'AtLyontide".

Mais Dieu a d'autres fesses à fouetter : la main qui m'a servi Le Petit Paumé est celle de l'ex-homme de ma vie.

Je suis allée voir ma psy lundi. Oui, je dis MA psy parce que je veux qu'elle m'appartienne toute entière. Je veux qu'elle ne parle à personne d'autre que moi. Qu'elle arrête de m'être sans cesse infidèle. Qu'elle soit mon compagnon de vie. Sauf qu'elle est bien plus chère qu'une pute et moins loquace qu'un chat.

Je vais la voir et je lui dis que je ne sais plus quel est mon âge. Elle regarde mes Adidas fluo et ma gabardine en feutre et elle note quelque chose dans son calepin. La Petite Paumée ne sait pas s'habiller, c'est ce qu'elle écrit, j'en suis sûre.

A gauche, près du café, Le Petit Paumé trône ce matin. Pas de quoi faire le fier, tu vas finir à la poubelle. Sans passer par la case table de nuit. Cul à cul avec le catalogue Rétif, tu vas dégager plus vite que tu n'es rentré. Ne caresse pas l'espoir d'être parcouru !

A droite, sur une pile de dossiers à remplir, Le Curiste d'Hermann Hesse.

La réunion de ces deux ouvrages sur ma table de travail me fascine. Elle est la marque de mon appartenance au monde. Je pourrais aussi les faire se superposer, écraser la peinture du microcosme balnéaire avec l'index fripon des nuits lyonnaises. L'équipe baroudeurs de l'EM Lyon serait ainsi invitée à la table d'Hermann Hesse.

Les associations sont les seules vraies créations. Regardez, j'écoute bien J'aime tes genoux d'Henri Salvador en bouffant des Chamonix.

Hier, je me suis séparée de mon plus fidèle ami et j'ai gagné un sommaire Lyon glouton.

Je les regarde du coin de l'oeil ces 415 pages de remise en forme pour baladin cabotin. Elles me donnent envie de me fondre sous la couette. J'ouvre prudemment.

Alexandre Astier a signé la préface. C'est con, je l'aimais bien. Première pub engageante pour AdopteUnMec.com.

D'abord, pourquoi j'adopterais un mec ? Ca pue un mec, ça sent les reproches et la fierté, le porto de deux heures du matin et la vaisselle pas faite. Ca va vous dire un jour sur une rue même pas pavée de Villeurbanne "tu m'aimes plus je le sais" et ça va démarrer son scooter.

Deuxième pub moins engageante pour Magnifica - Illusion d'Allan Dickens, le Copperfield du pauvre. Ca se passe du 2 au 8 décembre au Double Mixte Lyon. Dommage, du 2 au 8 décembre, je cuiterai mon célibat tardif dans un bouchon à touristes. Ou, si tout se passe bien, je serai en goguette avec ma psy en Italie, elle me montrera les toiles de Botticelli en passant ses mains dans mon blond vénitien (ce que la teinture peut faire aux poils pubiens !).

Voilà que je lis Le Petit Paumé, que je le dévore même, comme une lettre d'adieu.

Voilà que je lui dis au-revoir au-dessus d'un brunch aux Jours Heureux.
Comme on se quitte après 15 ans d'histoire, en s'offrant le guide du temps libre dans les bars.