Par Marc Louis Bonomelli

Elle ne porte rien d'autre que l'homme nu qui l'habille.

Ainsi apparaît Natasha Khan en couverture de son nouvel album.

Sans retouche, ni couleur, la photographie tranche avec l'imaginaire installé par les précédents disques de Bat For Lashes : les pochettes de Fur And Gold (2006) et Two Suns (2009), donnent à l'oeil autant d'énigmatiques tableaux, nantis d'un mysticisme sans frontières et abondant, où la chanteuse pose en sorcière du rêve, en déesse lunaire et sombre.

Un climat visuel qui, au lieu de s'arrêter aux bords d'une image cartonnée, aime mieux déborder, inonder, la musique qu'il illustre, jusqu'à l'engloutir entièrement. C'est pourquoi les chansons de l'artiste anglo-pakistanaise s'écoutent d'abord avec les yeux. Et quoiqu'elles soient imbibées de pop à synthétiseurs eighties - pas sans rappeler Kate Bush -, elles remplissent leur auteure d'une personnalité à part entière.

Cette rareté du reste lui vaudra sa place en ouverture des concerts de Radiohead ou Coldplay, une signature sur la BO de Twilight III (Let's Get Lost, en collaboration avec Beck), et beaucoup d'égards – des élogieuses critiques du Guardian aux compliments de Devendra Banhart et même Björk.

Dès sa pochette donc, The Haunted Man semble figurer un tournant. La nudité contre la sophistication connue, la sobriété contre la richesse du décor. Une fois encore, l'estampe donne le ton. Aérés, mais pas éventés, les arrangements de cordes, vents, percussions et électroniques altiers offrent l'espace nécessaire à l'épanouissement d'une voix que l'on eût tort de juger trop fade pour exister sans artifice.

C'est la leçon donnée par Laura, où accompagnée d'un piano de race, Natasha Khan souffle sa chanson des plus vibrantes, belles et tragiques. Des choeurs masculins, d'allure païenne, contrastent parfois (Oh Yeah, The Haunted Man) avec la nature synthpop de l'ensemble, cette dernière faisant sentir la patte de Dan Carey, coproducteur, dèjà entendue sur le Chairlift de Something ( 2012).

Difficile, néanmoins, de tabler sur la pérennité d'un album qui, comme tant d'autres, gage moins sur son étendue musicale que sur la force de son iconographie.