Par Anna Rios-Bordes

Jaoui-Bacri-les-truculents sont de retour ! "Au bout du conte", quatrième long métrage d'Agnès Jaoui, renoue avec l'efficacité des comédies douce-amères de leurs débuts. On retrouve avec bonheur la verve pétillante des deux acteurs, la bougonnerie hypertrophiée de Bacri, les situations comiques bien léchées et l'habile mise en scène de la dérision.

au-bout-du-conte-sera-diffuse-samedi-prochain

Bacri est Pierre, professeur d'auto-école taciturne en proie à des crises d'angoisse existentielles. Jaoui interprète Marianne, comédienne ratée, paralysée par la peur de conduire. Autour d'eux gravitent des personnages également régis par la peur : la peur de l'infidélité pour la naïve Laura (Agathe Bonitzer), la peur de vieillir pour sa belle mère, la peur de l'échec pour le jeune compositeur Sandro (Arthur Dupont).

La trouvaille scénaristique est de lier le destin des personnages à l'imaginaire des contes de fée. Des contes de fée détournés où le chaperon rouge boit du vin, la princesse est un prince, le méchant loup Benjamin Biolay (magique).

Le conte est ici mis en parallèle avec les croyances et les superstitions. Comment sortir de ses carcans et s'affranchir de ses principes ? semble demander Jaoui, sans condamner ses personnages, qu'elle brosse avec tendresse. La classe moyenne est désoeuvrée, faisant face à une bourgeoisie crispée, voire maniaque.

au-bout-du-conte-8

Agnès Jaoui tricote autour du malheur des hommes sans voyeurisme ni dogmatisme.

Jusque dans les traits du personnage qu'elle incarne, la cinéaste s'est adoucie. La compassion qu'elle éprouve pour le genre humain se retrouve dans le personnage de Julien (Clément Roussier), qui pardonne la trahison de son ami Sandro.

L'écueil d'une fin moraliste est bien heureusement évitée.

Au bout du compte, on n'est ni bon, ni mauvais.

"Au bout du conte", Agnès Jaoui, sortie le 6 mars 2013