Par William Penet

"Nous sommes des hommes des cavernes qui idolâtrent le soleil et combattons les uns contre les autres. Très peu d’animaux s’attaquent à leur propre espèce. Nous ne sommes que des bêtes vicieuses et psychotiques. Et ma seule raison de faire l’effort de prêter la moindre attention à ce putain de monde c’est que j’aime la musique. J’aime l’écrire et je veux que les gens entendent ma musique. Sans ça, ce putain de monde est une totale perte de temps. 1, 2, 3, 4 !!!"

Glenn Branca – 20.06.2011 ---------------
Glenn+Branca+glenn

Je ne connais pas Glenn Branca, je ne sais pas d’où il vient, s’il débuta sa carrière en tant qu’exhibitionniste romantique au bord du périphérique nord. Mais des déclarations comme ça donneraient envie de sympathiser avec n’importe quel membre de Civitas*.

Je n’ai jamais entendu qu’un seul album de ce guitariste-chef d’orchestre : Lesson n°1 et cela me suffit à vouloir en parler et exhorter la masse d’esgourdes engourdies à se décaper les tympans en écoutant ce chef d’œuvre de rock expérimental. Peut-être n’est-ce pas son meilleur album mais peu importe.

Un chef qui dirige un orchestre de guitares dissonantes en singeant Gerard Malanga** mérite qu’on en parle urgemment.

L’album ne comporte que deux titres. Lesson n°1 for Electric Guitar (en vidéo ci-dessous), qui commence par deux riffs phasés rappelant évidemment notre minimaliste préféré, Steve Reich*** (qui ne connait pas Steve Reich ??) bientôt rejoints par un mur du son fait de notes répétitives de piano, de basse, de guitares, le tout cadencé par les martellements d’une batterie tuckerienne. Les nappes se recouvrent les unes les autres, c’est martial, joyeux et surtout harmonieux. Ce qui n’est pas toujours le cas dans ce domaine et certainement moins le cas du second titre, intelligemment appelé Supercopter. Non. Dissonance.

Ce second morceau jette, en 1980, les bases de l’esthétique « post-rock » et « industrielle » dans laquelle de nombreux groupes ne tarderont pas à se vautrer, avec plus ou moins de réussite. Citons, au hasard et pour le plus, Sonic Youth – dont le guitariste Thurston Moore a participé au Glenn Branca Ensemble. La ressemblance entre l’esthétique sonore de ces derniers et Dissonance est telle qu’on pourrait crier au plagiat. Certains sont pour la bronca. Branca, au lieu de ruer dans les brancards, préfère parler d’influence.

On pourrait tartiner cette page de références au contexte dans lequel Branca a démarré, le New York de la No Wave, le mélange entre art, rock et expérimentation. Autant regarder l’interview ci-dessous dans laquelle il explique tout lui-même.

On pourrait en dire plus sur le Glenn Branca Ensemble, les partitions pour cent guitares, les prestations hors-normes en live. Autant aller le voir de ses propres oreilles.

Il y a urgence à écrire sur la musique de Glenn Branca. Il était en concert le jeudi 7 mars à la Cité de la Musique à Paris. Et ça défonçait. La première partie aussi, un certain Colin Stetson, vous vous souvenez ?

*Lobby catholique intégriste à la con

**Membre éminent de la Factory warholienne qui avait l’habitude de mimer des transes extatiques aux premiers rangs des concerts du Velvet Underground, muni d’un fouet.***

***Un des pionniers de la musique minimaliste. Inventeur du déphasage. Débrouillez-vous.