Par Chris
Georgia, Georgia, No peace, no peace I find Just this old, sweet song Keeps Georgia on my mind
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Etats-Unis, 1954.

La guerre de Corée est finie. Elle n’avait pas que des mauvais côtés. Là-bas, Frank était un homme, un Américain, l’égal d’un autre. Les morts, noirs ou blancs, jonchaient le sol de la même façon. Tout comme le mortier. Survivre n’était pas affaire de couleur.

Alors que faire? Retourner dans le Sud, cet Etat familier, mais paradoxalement si inhospitalier? Errer, hanter par le souvenir des soldats, des amis, morts? Ce n’est finalement que par devoir que l’on revient en Géorgie, cette terre où Franck a grandi. Poussé vers une soeur aussi déroutée, piégée que lui, mais qui reste sa seule source d’espérance.

Cela fait trois décennies que Toni Morrison décrit, avec succès, (Sula, Beloved prix Pullitzer en 1988 et Prix Nobel en 1993) cette Amérique pré- et post-raciale, empêtrée dans ses contradictions, ses envies de liberté et son ségrégationnisme, son optimisme et sa violence. Autant dire qu’elle est une figure littéraire incontournable, s’inscrivant aussi bien dans ce mouvement urbain réaliste des années 80, que dans la tradition des contes afro-américains fantastiques.

Toni_Morrison

Dans son livre, assez court, elle n’impressionne pourtant pas tout de suite. Ici, le chemin prend son temps. Il n’y a pas ces détails fourmillants, ces tableaux lyriques des paysages du Sud des Etats-Unis, qui auraient pu légitimement être brossés par l’auteur. Les émotions sont brutes, les hommes également. La chaleur est pesante, brûlante. Sans échappatoire.

Tout comme la violence, cruelle, mais jamais crue. Elle est vécue, subie, plus que racontée et montrée. Très loin d’un “Django Unchained” tapageur et voyeuriste, bien que mettant en scène des situations insoutenables similaires, Toni Morrison ne met en avant que ses personnages et leurs émotions. Tout en concision, en limpidité, ce livre offre une vision désillusionnée, désenchantée et malgré tout, profondément poétique de l’Amérique.

Home (Christian Bourgois éditeur), traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Laferrière, 153 pages, 17 €