Par M.L.B.

Dans l'honorable sillage de PJ Harvey ou Patti Smith, Shannon Wright sait nager avec grâce, sans ne rien lâcher sur la rage et la fougue de ses prédécesseures. La rockeuse de Floride s'est arrêtée au Clacson de Lyon, hier, défendre In Film Sound, dixième effort paru sur le label bordelais Vicous Circle. Récit.

In Film Sound

Au Clacson, Shannon Wright vient réveiller les endormis. Elle sait faire. Derrière sa longue frange rouquine et dépeignée, n'émerge qu'une bouche. Une bouche large, sur un corps frêle. Une bouche taiseuse quand s'arrête la gratte : on n'entendra d'elle, entre les chansons, que de rares remerciements.

Shannon Wright aime bien les contradictions. Petit bout de femme, l'Américaine s'entoure sur scène de barbus balourds, du genre Vikings bruns. Et son air timide, ses apparences adolescentes -la taille, les Converses et la tignasse-, ne l'empêchent pas d'éructer comme un tatoué, un dur, un vrai. Elle sait chanter, aussi. Elle peut jouer de la fragilité sur piano, émouvante, cependant que les barbus, ces pachydermes à côté, font tonner la grosse caisse et grogner la basse, pesamment.

Le son, tout de muscles et de plomb, n'embarrasse pas la chanteuse, capable d'évoluer avec aisance dans des airs costauds. Shannon Wright a fait sonner le réveil-radio. Station rock brutal. Heureusement, car en première partie, c'était plutôt marchandes de sable. C'est sûrement parce que les couleurs dissonantes lui plaisent que Shannon Wright a confié à The Boy and The Echo Chamber son ouverture. Ces deux Nantaises, par contraste, jouent une folk électrique mais songeuse, en contemplation de bout en bout. Parfois épaulées d'une paire d'instrumentistes, elles feulent des chansons habillées de peu : de claviers ténus, d'arpèges en goutes, égrenés à la guitare, et d'un violon sporadique. On pense à Florence et ses Machines, mais à une version dépouillée, assoupie. Le Clacson s'ensommeille, atone. Bâillements.