Par LeChienPoney
"Le capital sympathie va avec la peau d’orange"

L’aéroport de Paris me tend les bras, je suis accueillie par le stand Ladurée, les viennoiseries et cannelés Paul et autres Délichocs. Je retrouve le pays de la gastronomie comme on retrouve une vieille maîtresse. On va faire des cochonneries partout, tout le temps.

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J’arrive aux Batignolles chez Cora (ma copine du centre aéré, pas la chaîne de supérettes). Je regarde sa cabine de douche d’un œil circonspect. Alors que Cora s’enfile un roulé pistache, je lui hurle : « T’es sûre que je rentre dans la douche ? ». Je m’aligne comme un lanceur de poids cherchant le meilleur angle, et je touche quand même.

« Ca va la grosse ? » qu’on me balance à max Dormoy. Je ne rentre pas dans la taille L chez Zara. Ma voisine de la ligne 4 soupire bruyamment lorsque nos hanches se touchent. Pas de doute, je suis bien en France.

Croquant dans un macaron pistache de chez Pain (le boulanger de Ballan Miré, ça ferait même sourire Benjamin Millepieds) j’entame la lecture de la presse dans le train qui m’emmène à Lyon. Régimes (l’été approche), morpho-maillots de bain (l’été approche), huiles cellulites et crèmes raffermissantes (l’été approche) et articles sur les rondes qui s’assument aussi poignants qu’un cul-de-jatte champion Olympique.

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La condescendance des magazines féminins m’a toujours émue. Un peu comme quand Julien Guiard me défendait dans le bus 9 qui nous ramenait à la Vallée Violette contre les moqueries et assauts incessants de Florian Piersela.

Non, vraiment. La couverture ELLE avec une grosse. Les pages Glamour sur les grosses. Pardon, les rondes. Même le terme de « ronde » me donne la courante. En même temps ça serait tellement plus pratique ; si j’étais ronde et non grosse, je pourrais rouler après le Bus B62 sans courir en faisant de grands signes. D’ailleurs Fabien mon copain de BAFA m’avait avoué qu’il était venu vers moi « en premier » car « les gens ronds sont tellement plus sympas ». Putain. On peut même pas être grosse et mal aimable. A croire que le capital sympathie va avec la peau d’orange. Oh mon dieu ! laissez moi ma cellulite et être une connasse.

Le coup de grâce me sera asséné en page 51 du GLAMOUR n°111. La campagne H&M... Ils ont osé ! C’est notre Beyoncé (prononcez « BI-ILLON-çé »). Photoshopée tel un jambon Herta. Voilà donc notre reine du bootylicious avec un « thigh gap » à faire pâlir Cara Delevingne. On pourrait carrément y caler un paquet de pommes noisettes Findus. Avec ça, il serait plus probable que Ivy Blue soit sortie des trous de nez de son père que de la papaye maternelle. Beyoncé, vous aviez pas le droit !

J’ai même dû demander aux rédacteurs du magasine PAS de ne poster aucune photo de jeunes filles dont les yeux vous supplient de leur garder votre couenne de jambon pour le goûter.

Alors laissez-moi rigoler et secouer ma graisse sans regard gentillet. Laissez-moi reprendre du pain aux noix sans sourciller.

Et arrêtez de voir dans l’affichage de la cellulite de Lena Dunham une revendication plus grande que le mouvement des Civil Rights aux Etats Unis. Ce n’est pas parce que je porte un 2 pièces à l’Ile d’Oléron que c’est la Marche des Beurs. Non, je ne suis pas comme Léa Seydoux, ce n’est pas « difficile pour moi de me regarder ». Pardon.

Laissez-moi me tartiner le cul d’Huile Nuxe même si je dois en mettre plus. Laissez-moi crier que le pain beurre sans confiture c’est aussi triste que de dire, comme ma copine Aurélie, que les tampons donnent le cancer : imaginez alors votre vie 5 jours par semaine, rivée à une pâte à cul. Foutez-nous donc la paix et laissez-nous rigoler dans notre 48.

ET RENDEZ-NOUS NOTRE BEYONCE !