Par Anna Rios-Bordes

Fanny Ardant, blonde, en jean, vieillissant avec grâce… La production misait sur cette alléchante mue pour attirer le spectateur fan de l'étincelante rouquine ; et si la belle traîne toujours la voix, son jeu s'est certes adouci. Mais préférons la promesse d'un film, tout en nuance, qui questionne la vacuité du flirt et le vieillissement.

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Les Beaux Jours (d'après le nom d'un club de troisième âge) met en scène la rencontre entre Caroline - jeune retraitée en deuil de sa meilleure amie - et un jeune prof d'informatique (charismatique Laurent Lafitte), un peu coureur, un peu las.

Caroline reçoit de ses filles, soucieuses de lui trouver des activités, un "forfait découverte" aux Beaux Jours. Elle découvre le ridicule des programmes de certains animateurs et les petites vexations liées à l'infantilisation.

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A l'ennui, Caroline décide alors d'opposer l'interdit. Adultère, cigarette, joints, alcool, … Elle brûle dans les bras de son hidalgo. Seule la pudeur de son corps vieillissant résiste à cette envie d'explosion. Ainsi que, parfois, ses rires sans écho.

La réalisatrice Marion Vernoux restitue parfaitement la mélancolie trouble de Caroline, qu'elle scrute langoureusement sur la plage, en chemise de nuit bleue sur une balançoire, ou errant dans sa voiture rouge. Ces couleurs tranchent d'ailleurs avec un décor lunaire industriel à la Varda.

L'émotion et le rythme des scènes entre femmes sont justes : au cours de poterie ou lors de la confection de bouquets de fleurs, les soixantenaires des Beaux jours, qui se pensent aussi vaines que leurs activités, jouent au jeu du premier déclin. La première fois où l'on m'a dit madame, la première fois où il m'a fait l'amour en baissant la lumière. On ne boude pas le plaisir de retrouver Marie Rivière, muse inquiète d'Eric Rohmer dans Le Rayon Vert, ou le malicieux Jean-François Stevenin.

Le film s'amuse délicatement des préjugés sur l'âge sans les condamner : les vieux n'y panent rien à l'informatique, les jeunes au vin. Le temps pour soi des seniors serait un temps pour les autres. "De l'humanitaire ? Alors c'est comme ça ? Parce que j'ai du temps il faudrait que je le rende ? " dit Caroline, perspicace.

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Le problème du personnage de Caroline est justement dans cette hyper-acuité. Elle endosse le discours de la réalisatrice, trop bien écrit, rodé à la métaphysique, en décalage avec la fougue et la raison sociale de son personnage. De même, la question du renouveau par l'exode, traitée dans le départ pour Reykjavik, est sur-écrite. Le scénario, dans les clous, manque un peu de spontanéité.

L'optimisme tendre des Beaux Jours, qui éclate dans la scène finale, reste un vrai bonheur.