Par Anna Rios-Bordes

L'histoire de Superman jeune, pré-binocleux Clark Kent, avait de quoi déboiter. Son arrivée chez les terriens : avec ou sans cape rouge ? La première pelle à Loïs Lane : avec ou sans super-pouvoir ? Mais le binôme Christopher Nolan (plume de The Dark Knight) et Zack Snyder (réa de Watchmen), propose une version pompière des fondations du mythe, où les entrelacs d'anecdotes ne font jamais bloc. Dommage pour un homme d'acier.

Le bon, la brute et la potiche

Le bon c'est Henry Cavill, beau comme un slip Calvin Klein. Transformé en avion de chasse, il découvre ses pouvoirs en déplaçant des school bus, des plate-formes pétrolières et des camions de routiers indélicats avec la gent féminine = le justicier paria.

La brute c'est le général Zod, habillé de noir, la bouche tordue du mec qui en a chié pendant sa congélation. Il cherche à se venger de l'héritier de Russell Crowe (Spartacus de l'espace, dans son jus).

art-man-of-steel-superman-620x349

Dans le rôle de la prétendue contre-potiche, Loïs Lane (Amy Adams). La lauréate du Pulitzer est occupée, pendant toute la - longue - seconde moitié du film, à faire rentrer une clé triangle dans un trou triangle (cette mission est une sacrée pièce au cul des nombreuses féministes adeptes de science-fiction !). Loïs fait genre elle en a dans le slibard : "Quand on aura fini de mesurer les bites, on se mettra au boulot". Mais en réalité c'est une vraie fille à la vanille : "Tu sais ce qu'on dit, après le premier baiser c'est le début de la fin".

Amy-Adams-in-Man-of-Steel.
Mourir est une récompense

Ah oui, mieux vaut vous prévenir d'entrée. Les phrases à la con, c'est pour tout le monde et tout le long du film :

_"Mourir dignement est déjà une récompense" (dixit le chef des avions en butant la sbire du méchant)

_"Il est quand même canon" (la sous-chef des tanks au chef des tanks, à propos de S)

A ce propos, quelqu'un aurait pu expliquer à Zod que la brièveté fait le sel de la phrase choc. Son laïus "Ouais Superman tu veux sauver les terriens, mais ils s'en foutent de toi, tu devrais pas trahir ton peuple, je vais t'en empêcher, etc, etc… " sonne plus Melvil Poupaud dans Conte d'été que chef de Krypton.

Man-of-steel-03
Costner renfile son Carhartt

Comme dans tout mauvais blockbuster ricain, la vie est manichéenne, la vie est new-yorkaise, et surtout, la vie est affaire de sacrifice. Du coup, copain noir sauve copine jaune et Kevin Costner sauve son chien. On l'avait d'ailleurs jamais vu mourir si brillamment, l'ami de chaussette. Lors d'un ouragan, il se fait faucher par un capot de bagnole et décède en faisant coucou de la main. De l'humour ? Même pas ! Parce que dans ce film au sérieux proustien, l'apesanteur ne se trouve pas que dans les bottes du verbeux Zod.

Le flou institutionnel fait chez Zack Snyder une entrée historique : la presse et l'armée bossent ensemble, les scientifiques prennent part aux missions militaires, le Pentagone agit sans Washington. Et moi je couche avec l'homme araignée depuis trois ans.

L'originalité de The Man of steel ? Peut-être une promotion efficace de l'acier à l'heure où l'industrie tire la langue. A moins que ce ne soit l'hommage au 11 septembre. Avec dix ans de retard.

On sauvera du naufrage les vingt premières minutes de film qui flirtent avec la poésie apocalyptique et la scène de combat où super-héro-beau-gosse et méchant-loup-noir se décrassent les minois sur la face des buildings. Mais pour être sympa hein, parce qu'on a payé que treize balles au Pathé.