Par Neel Draïk

Plus jamais, tu m’entends, plus jamais tu ne mangeras ma couenne, colosse corporate. Je n’irai plus vendre ma chair dans tes colocs d’abrutis dressés au martinet de la business school, je n’irai plus battre le pavé de ta cité corrompue au machiavélisme financier, gardée par ta patrouille de droitistes pugnaces qui sentent la salle de sport et le Cetavlon.

Criez mon nom satanées sangsues, je ne viendrai pas me ranger dans le rang.

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Oui je fais l’école buissonnière comme une pimprenelle en couche. J'ai le cul talqué de préjugés ? Le vôtre est bordé de nouilles. Gonflée à bloc, pleine d'une foi fraîche du siècle dernier, le tome 3 de Bourdieu dans la poche du Lewis, j'avance. Je vous ai côtoyés carnassiers arrivistes étranglés par vos cravates. J’ai partagé vos pupitres et les draps des plus cochons d’entre vous. Je sais que dans vos placards dorment vos rêves d’aventures, que la compromission a le visage de vos parents, que vos chaussettes sentent l'éjaculateur précoce.

Je sais que vous vous encanaillez sur mandats lors de mariages arrosés ou de réunions élitistes. Que vous avez abdiqué face au libre-arbitre avant d’avoir du poil au menton et laissé aux autres le droit de décider pour vous. Quelle faiblesse de caractère, faiblesse coupable.

Oh, je pleure de la dureté de vos impératifs. Suivre en cours, faire un prêt conjoint au compte familial à la BNP, intégrer HEC, filer droit pendant trois ans d’assistanat étroit, reprendre la filiale en Chine de Grand Papa. En parallèle, attraper la femme aimante, cocue avant d’être née, qui appellera sa progéniture Prune, cette truffe inculte aux jupons cousus d’or.

Je déchire vos titres de noblesse au nom de ceux qui ont transporté des petits déjeuners gargantuesques jusque dans vos bouches mal baisées, les ont débarrassés, nettoyés, dans le silence embarrassé de leur vie bradée.

Je ne veux même pas savoir si l’un d’entre vous est différent, mange la poussière occasionnellement ou a lu Faulkner. Je m’en fous. Cherchez-vous à connaître les gitans qui peuplent vos souterrains ? Cherchez-vous à savoir où j’ai obtenu mon brevet de néo-coco ? Quelle histoire familiale putride m’a permis de passer le code du gauchisme ? C’est votre race contre la mienne, un point c’est tout. La guerre ne fait pas d’ennemis relatifs.