"Existe-t-il des fantômes d'action ? Des fantômes de nos actions passées ? Les minutes vécues ne laissent-elles pas des traces concrètes dans l'air et sur la terre ?"

Man Ray, Les mystères du Château de Dé, 1929.

Rebecca Cairns recompose avec une dose d'irréel, très réelle, chimères et rêvasseries qui mettent parfois mal à l'aise. On pense Man Ray, un peu Baron de Meyer ou encore, Sarah Moon, avec ses visages estompés, ses flous glorifiés et ses lumières subtilement malmenées.

Photographe d'origine canadienne, Rebecca explore les recoins de son inconscient, proposant une psychanalyse à travers l'image. Elle rentre dans le cadre complètement ou de façon partielle, puis, elle superpose et mélange les plans, pour rendre à l'âme ce qu'elle a de transparent, de clair et limpide. Rebecca Cairns projette sa silhouette dans une sorte de torpeur, un engourdissement spirituel, capable de faire ressortir l'essence d'une sensation. Ou, de faire vibrer à nouveau une émotion qu'on croyait malheureusement perdue.

A travers ses auto-portraits bipolaires, il y a ce brin de nostalgie qui réchauffe dangereusement, cette mélancolie vénéneuse qui enchaîne si on y prend trop goût. On sent cette recherche maladive d'une nudité parfaite, la quête d'une vérité ultime sur l'être.

On ressent aussi un certain malaise sous les traînées de lumière tamisée, entre les visions astrales de cette jeune femme pâle. Les clichés nous font parfois l'effet d'un flash-back vers ce qui dérange, vers ce que notre cerveau a voulu mettre de côté. Par amour, par haine. On se retrouve au bord du Léthé, l'antique ruisseau de l'oubli pouvant mener aux Enfers, obligé d'égrainer souvenirs et restes de songes.

L'enveloppe charnelle devient trop exiguë, l'esprit s'en dégage et renaît spectre.

Crédits photographiques : Rebecca Cairns

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