Par Chris

Cet été, j ai décidé d’être homme. N’en déplaise aux lecteurs et aux lectrices, ce soir, je serai viril, je sentirai la sueur et le vestiaire. Entre retour des super-héros, blockbusters bodybuildés et monstres gigantesques, il faut dire que je suis plutôt aidée et les écrans n’auront pas souffert d’un manque de testostérone. Compte rendu du match, en bonne et due forme.

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Frisco, Samedi soir, 22h30. Je ne voulais pas sortir mais Sanders, mon indic’, a insisté. Un match d’anthologie, un combat comme rarement vu, qu’il disait. Allons donc, me voilà à en faire la pige. Je me fraye un chemin jusqu’à la caisse. Bloody hell, 10$ l’entrée! Ce pathé de maisons crasseux et enfumé a intérêt à tenir ces promesses. Au loin, je distingue Tony Stark qui monte sur le ring. Les yeux plissés, le torse bombé et luisant, il n’en est pas à son premier combat, mais celui-ci risque bien d’être le dernier. La lassitude le gagne, visiblement. On entre dans le 3ème round, et j ai entendu dire que Pepper, pourtant toujours à ses côtés jusque là, menace de le quitter. En face de moi dans le public, elle fait d’ailleurs les yeux doux à son voisin, d’une blondeur et d’une suffisance insupportables.

Préoccupé par la jalousie, Tony ne prête guère attention à son adversaire encapé. D’un bond, ce dernier est au centre des attentions. Une journaliste du Daily Planet, assise à ma droite, décrypte les moindres détails de son attitude, s’agaçant de ne pas bien apercevoir les traits de son visage. Le regard bleu acier, le menton volontaire, l’homme ne semble en effet pas réellement du coin. Les 10 premières minutes tournent à l’avantage du bellâtre. Une garde haute, un jeu de jambes aérien, l’homme a du style. Accompagné par les encouragements moralisateurs de son père, Mr. Kent qui, renseignements pris auprès de ma voisine journaliste, n’est pas vraiment son père, les coups portent rapidement de moins en moins.

Arqué sur une technique de combat des plus répétitives et ennuyeuse, Mr. Kent (fils) ne fait pas plier le fer. Ces collants en acier n’y pourront rien. Soudain, désireux de mettre un terme au plus vite à cette rencontre, Tony utilise un de ses tours bien connus, et démultiplie ses coups grâce à l’aide de centaine de copies de lui-même. Festival de rétro-fusées, d’explosions et d’égocentrisme, Clark gît K.O. Débarrassé de cette concurrence super-héroïque, Tony attend ses prochains adversaires.

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Ils le rejoignent sur l’estrade. Ils sont deux. L’un la tête, l’autre, les jambes. Un duo efficace, bien que Kirk et Spock n’aient pas l’air de première jeunesse. Le gong retentit. Un peu lents, ils ne peuvent résister à la première estocade de Tony. Renvoyés dans les cordes, leur entreprise pour s’en démêler est quelque peu fastidieuse. Kirk parait même au bord de l’abandon, et c’est le regard sombre que les deux compagnons reprennent le combat, soutenus par leur coach technique Scotty, un britannique expérimenté. Esquives, feintes de coups et c’est enfin un direct d’humour porté par Spock qui les remet d’aplomb. Un genou à terre, Tony ne peut alors contrer l’enchaînement efficace de crochets et d’effets spéciaux lancé par un Kirk ragaillardi. Dans le public, Pepper essayera tout de même de lui porter secours, mais trop tard. Tony s’en fût. Tony s’en fout. La retraite et la cloche ont sonné.

Abasourdis, reprenant leur souffle, nous sommes tous encore sous le choc de cette victoire rapide, et il nous faut un petit instant avant de distinguer un fourmillement dans la foule. Un amas compact de corps semble s’être formé, duquel n’émerge qu’un homme, seul. Bientôt, la foule enserre l’estrade, ne laissant entre les combattants et le public que les cordes du ring pour les retenir. L’homme escalade les corps et, d’un bond, atterrit sous les projecteurs. Lui non plus ne respire pas la jeunesse. « Vieux beau », me souffle ma confrère de droite, visiblement écoeurée de la défaite de son jeune éphèbe. Les poings serrés, ce dernier est à première vue, un peu gauche. Des déplacements un peu trop téléphonés, des coups un peu ratés, une technique classique qui ne trompe pas l’expérience de Scotty, prodiguant force conseils à ses deux compères. Puis, en un mouvement à faire pâlir les agoraphobes, c’est un ensemble de corps déchainés qui envahit le ring. Affamée, les mâchoires prêtes à se refermer sur toutes chaires dépassant du maillot, leur nombre a raison de Kirk et Spock. Même Scotty n’avait jamais eu à affronter une foule aussi revêche.

La panique gagne peu à peu un public effrayé, prêt à se ruer sur les sorties de secours. Alors que je faisais rapidement le calcul de mes chances de survie, un son strident, métallique jaillit de l’extérieur du bâtiment. Aussitôt suivi par une longue plainte bestiale venue des profondeurs de l’océan Pacifique. Une lourde jambe métallique s’abat sur le ring, écrasant une multitude d’envahisseurs. Chez cet adversaire, c’est d’abord la taille qui surprend. Mise en valeur par une 3D efficace, ses dimensions, de même que ses uppercuts, sont d’une puissance effarante. Certes, à force de combattre les kaijus, ces immenses robots ont acquis certains automatismes, conférant au match un aspect routinier, mécanique, et dont le scénario semble écrit d’avance. Les combattants restants tentent de se redresser, de grignoter les jambes – seules accessibles – de l’homme robot. Jouant sur sa faiblesse scénaristique, ils arrivent ainsi à lui faire perdre l’équilibre, mais le parterre de fan geeks, auquel je me suis joins, permettent au Jagger, d’anéantir, dans un dernier sursaut, les rares survivants du match précédent. Un véritable Pearl Harbor.

J’entends parler d’un prochain tournoi, organisé au théâtre l’Elysium, plus tard dans le mois. Un match qui devrait permettre aux effets spéciaux des Jaggers de rivaliser avec ceux de Matt Damon. Wait&see.

Illustration (1) : David Sanders