Par Zed Stardust

Quand arrive un nouveau Franz Ferdinand, le monde de la critique musicale tremble d'une euphorie mal contenue, les rédactions s'affairent et se réjouissent, "enfin, on va pouvoir dire du bien d'un truc qui se vend pas trop mal (valable également pour les Artic Monkeys), et puis tiens, on va foutre le single au générique du Grand Journal, on optimise l'impact, ça va être génial".

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Constance de l'efficacité insipide

Mais on ne me la fait plus. Nope. Au fil des années, la musique de Franz Ferdinand est devenue de plus en plus proprette, récitant sa partition comme une recette de cuisine taillée pour le succès, mais d'où plus rien ne dépasse. De l'efficacité calibrée, dont l'intensité suit désespérément une ligne droite et plate, mais c'est pour mieux être récupérée par la publicité.

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Donc, après l'interminable "Tonight, with Franz Ferdinand", voilà "Right Thoughts, Right Words, Right Action", un titre plein de promesses non tenues. Parce qu'en cherchant à plaire à tout le monde, on ne marque plus personne. Et c'est pas avec des singles poliment pêchus et des guitares toutes gentilles qu'on laisse une empreinte sur l'auditeur. C'est pas en persistant dans les synthés qu'on fait preuve d'inventivité. On en trouvera bien pour trouver que c'est l'album idéal pour leurs apéros amicaux, quand les gens n'écoutent pas, mais personne pour s'en souvenir dans la durée.

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L'introduction bien menée : le titre éponyme ouvre le disque avec des couplets disco et une mécanique qui glisse partout où il faut.

Le titre conscient de ses limites : "Fresh Strawberries". Après avoir servi sa plus belle imitation de Paul McCartney, Alex Kapranos lance avec lucidité "We will soon be rotten/We will all be forgotten"

Approbation moulinée et souplesse chaloupée

Franz Ferdinand, c'est une bonne base pour le lien social. Un truc qui réconcilie l'ambition grand public, les midinettes au déhanché facile, les minets qui tapent du pieds, les amateurs de rock'n'roll et le monde de la télévision. Un groupe fédérateur, dansant, qui passe partout et ne vexe personne. N'en déplaise aux élites constipées du compliment, Franz Ferdinand a le sens de la chanson irrésistible, celle qui entraîne tout le monde dans son sillage dans un hochement de tête, parfois quelques moulinets avec les mains et des ondulations de la silhouette.

Et malgré quelques inégalités dans ses dix titres, ce nouvel album contient son lot de refrains bien troussés dans des rythmiques effrénées ou de la souplesse chaloupée. Tout plein de nouveaux stimuli pour agiter les foules qui ne manqueront pas de se précipiter aux concerts d'un groupe élégant et énergique, et qui garantit l'absence de prise de tête.