Par Thibault Noyer

Sorti du premier album d’Earl Sweatshirt, étoile satellite d'Odd Future : Doris.

Membre du collectif phénomène OFWGKTA (Odd Future Wolf Gang Kill Them All…rien que ça), formé au commencement d'adolescents de la banlieue de LA frappés de rap et d'une énergie foutraque et rageuse, Earl Sweatshirt volerait presque la vedette à Taylor, The Creator (comme son nom l’indique).

Déversant ses névroses, le jeune californien vous jette la corde entre les mains et vous murmure à l'oreille quoi en faire. Mais Earl pas drôle du tout confère génialement à son album un goût d’addiction. Décharge de noir et vomi nauséeux de rage, le tout est entremêlé de lyrics et de samples magnifiques. On flirte parfois avec le free jazz, parfois l’électro, et l’expérimental n’est jamais loin.

Mélancolique, sans traîner dans la déprime, l'album transpire la fin de soirée à bord d'une voiture de banlieue. On se rappelle soudain "Liquid Swords" de Gza et même le récent dernier album de Ghostface Killah "Twelve Reasons to die". Comme quoi, le hip hop Californien sait aussi cultiver sa noirceur, troquer les palmiers pour les lampadaires, planquer les strings de b!#ch et délivrer du pesant.

Car cette génération semble avoir eu le réveil dur. Et les couleurs du rêve « pimp gangsta rap » dans des villas où coule à flot le champagne ont sévèrement terni.

Pousserait-on la comparaison au punk des 70’s et son rejet radical des maudites utopies hippies et psychédéliques ?

En tout cas, autant pour Earl Sweatshirt que pour les autres membres d’Odd Future (Taylor, The Creator, MellowHype ou Franck Ocean), leur présence sur scène coupe court à toutes idées de désespérance.

C’est de la rage cathartique pure et simple réveillant nos sens endormis, les rendant plus aiguisés comme jamais !