Par Zed Stardust

Donnez-moi 3 titres du meilleur des disques, et je trouverais de quoi le descendre ! Et inversement...

Essayons avec "Wise Up Ghost".

Exigence légendaire et musicalité foisonnante

Autant le dire tout de suite, le côté "rencontre musicale" m'a toujours gonflé, trop souvent synonyme d'artistes en manque d'inspiration qui cherchent un faire-valoir pour se relancer. Mais bon, quand il s'agit d'Elvis Costello et de The Roots, je veux bien faire une exception et jeter une oreille bienveillante sur l'opuscule estampillé "supergroupe".
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D'abord parce que les forces en présence respirent l'intégrité musicale, se sont construit une carrière en marge des modes et des postures pour se concentrer sur leurs envies et leurs singularités. Ensuite, parce que les années n'ont pas émoussé leur créativité, toujours enrichie par leur ouverture d'esprit et la mise en chantier permanente de leur identité.

Reste la question de l'alchimie, cette science inexacte qui alimente autant de douloureuses déceptions que de joies protubérantes. Tiraillés entre les interrogations et les précautions, autant s'en tenir aux chansons : ça fonctionne comme du latex dans un club SM.

Les instrumentaux hip-hop augmenté des Roots caressent et fouettent la gouaille inimitable d'Elvis Costello, qui cabotine autant qu'il chante, parfois vindicatif, parfois touchant, parfois souple, parfois tranchant.

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Les deux parties prenantes mettent leur exigence légendaire au service d'une production sur-travaillée, aux sonorités pesées et au mixage cristallin, soutenue par une pulsation sèche et portée par un groove décontracté du poil.

Bref, "Wise Up Ghost" est un disque impressionnant de maîtrise et de musicalité détendue autant que foisonnante.

Le titre qui dépote :

"Refuse to be Saved", le plus énergique du lot, vibrant et truculent.

Le single laid-back : 

"Come the Meantimes", le savoir-faire et l'efficacité sans forcer.

Respect auto-satisfait et branlette majestueuse
Autant le dire tout de suite, cet album fleure bon la fin de carrière, le service rendu entre amis pour tirer un peu de pognon en se soutenant mutuellement.

Ce disque est beaucoup trop cool pour être honnête. Ou pour être vraiment bon. Dans les deux cas, on sent la rencontre agréable, le respect auto-satisfait, mais on ne perçoit que peu de sincérité.

C'est un disque de musiciens qui se font plaisir. Qui savent qu'ils sont bons, reconnus, qu'ils n'ont plus rien à prouver, et qui ne cherchent pas à aller plus loin que ce simple constat.

C'est bien sympathique, c'est agréablement gaulé vu de l'extérieur, mais ça manque cruellement de profondeur : les Roots s'écoutent jouer, Costello s'écoute chanter, l'auditeur est oublié. Constamment laissé à l'écart de cette branlette majestueuse, il peut au maximum saluer le superbe du geste musical, sans pour autant se sentir concerné un seul instant.

Bref, le genre de disque qu'on aurait adoré aimer, mais qui prend la poussière au fond d'une étagère oubliée.

La balade en trop : 

"If I could Believe", franchement anecdotique, qui finit sur une note particulièrement insipide.

Le potentiel gâché : 

"Viceroy's Row", qui aurait fait un bon single s'il n'avait été aussi mou du genou.

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