Par MRG et Sa-de

Vous avez passé deux ans, trois mois ou une nuit ensemble et il décide de ne plus vous revoir. Qu’à cela ne tienne, vous chargez votre Smartphone à bloc, prête à veiller les prochaines 24h en l’attendant avec un couteau : le fameux texto de rupture.

Aussi infâme soit-il, le texto de rupture est plaisant par sa variété. Et il vaut toujours mieux que l’absence de texto (certains disparaissent sans lettre ou SMS, sans même un virement de 200 euros pour vous rembourser le week-end de merde passé sur un bateau à la con en Corse – passons).

« Oops disparu ! »

Celui-là, on en a tous rêvé : l’intrépide texto effet d’annonce. Pratique, il dit tout à la fois : que le mec ne rappellera jamais, qu’il est un connard et qu’il regarde des programmes de magie. Une pincée d’humour pour dédramatiser, c’est bien tenté, connard.

Le + : D’une franchise et d’un réalisme à toute épreuve.

Le - : On se sent obligée de répondre « Abracadabra ».

« Hasta Luego »

N’imaginez pas qu’il provient du jeune madrilène Erasmus qui attend son vol Easy Jet pour rentrer voir sa madre et avec qui vous avez mangé de la tortilla au second semestre. Non, le texto voyage-voyage est signé le mec polyglotte qui, il y a deux jours encore, vous caressait l’arcade sourcilière en rougissant.

Le + : A priori, vous vous reverrez.

Le - : Tout ce qui rime avec « vafanculo » est dangereux.

« C’est pas toi, c’est moi »

Le classique mozzarella, le chou à la crème des brèves de rupture, le Big Mac de la sortie de piste ! Il est en vogue depuis la nuit des temps, si bien qu’il rentre dans notre classement sous son propre nom : le c’est pas toi c’est moi texto. Pur mensonge rhétorique, il n’a pas pris une seule ride. Il est tellement universel qu’on l’a tous un peu inventé. Il raconte ce que toute la psychanalyse freudienne tente d’approcher: la déculpabilisation.

Le + : Il viendra chercher ses affaires un après-midi où vous n’êtes pas là et vous rendra le double des clefs.

Le - : Vous risquez de le croiser dans la quinzaine à une soirée au bras d’une collègue de boulot.

« Tu es intelligente et belle, attentionnée et forte, sensible et drôle, passionnante et indépendante, charmante et sociable…. mais je dois filer. »

Incroyable mais vrai, le feel good texto de rupture qui vous permettra de faire un copier-coller pour votre futur profile adopteunmec. Ou pour Viadeo. On note le « filer » de « filer à l’anglaise », comme un gentleman bien preste.

Le + : Vous aurez le droit à quelques bonus nights dans un motel sans fenêtre.

Le - : Vous n’avez pas fini de pleurer.

« J’ai pris ma décision, je lui dis ce soir. Je me sens perdu mais j’ai tellement envie de te voir »

Le célèbre texto de rupture acte manqué qui n’aurait jamais du vous arriver ! Si le mec a un tant soit peu de bagou et de répartie, il sera suivi par l’inénarrable « Sorry, wrong text ».

Le + : Vous pouvez prévoir un ciné le soir même.

Le - : Vous allez passer du temps sur Facebook pour trouver l’heureuse destinataire.

« J’ai été touché par la foudre »

Très répandu dans le milieu artistique parisien, le texto métaphorique fait diversion en invoquant les éléments. Il est à la rupture ce que le bonbon La Vogiènnes est aux diners mondains : inapproprié. Il est réservé aux spécimens à courte spatule.

Le + : L’occasion de réécouter L’orage de Brassens.

Le - : La foudre est une actrice connue.

« Dommage, on était si bien »

Un peu poisseux, le texto déserteur-pleureur vient ternir notre classement. Il peut laisser un goût âpre en bouche. Les ingénieurs et les médecins l’adorent. On lui préfère nettement le feel good texto, qui a bien plus de panache et qui se donne les moyens de ses ambitions. Mais que voulez-vous, dans la vie, on ne choisit pas ses textos pourris.

Le + : Il va probablement se cogner quelques années de célibat.

Le - : Vous allez devoir lui rembourser sa voiture.

« On se retrouvera, patience »

Le texto prophétique a la particularité d’être assez naïf. Il est la signature mégalo du disparu novice. Plus personne ne l’emploie passé trente ans, malheureusement.

Le + : Vous aurez des nouvelles par sa mère.

Le - : Vous aurez des nouvelles par sa mère.

 « Je te laisse les enfants »

Le texto caca-dans-le-pot fait mal. Sa radicalité d’abord. Son manque d’humanité. Et peut-être aussi l’absence de ce grain de folie que nous offraient les textos prophétiques et métaphoriques. Bassement matériel, il renvoie à la semence des premiers jours.

Le + : La pension alimentaire.

Le - : Le chien des enfants.

« Salope, je te quitte »

Le texto dans ta gueule est la perlouze de ce classement. Peu répandu pour cause de raréfaction de la salope, il sévit néanmoins du côté de Toulouse. Intraduisible dans d’autres langues, il évoque les soirs de bières-pâtes au pesto.

Le + : Vous pouvez reprendre une vie normale.

Le - : Plus de levrettes au balcon.

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