Par Zed Stardust

Voilà. On y est. A ce fugace moment de l’année où nous sommes tous des Plastic People. Parce que comme chaque année, on a cru à une nouvelle naissance, on s’est laissé embarquer dans ces obligations sociales de renouveau, d’objectifs, de prendre sa vie en main, de s’occuper de soi et d’enfin penser à sa santé. Parce qu’on continue de croire qu’après s’être considérablement intoxiqué à la St Sylvestre, les auspices du calendrier nous réveilleront frétillants de bien-être, un avenir radieux en vue.

On a tous commencé à avoir des doutes quand on a repris le boulot (ou qu’on a toujours pas réussi à en trouver), et constaté que le traditionnel « Bonne Année » sonnait toujours aussi foireux. Que les gens qu’on croise tous les jours n’ont pas tellement changé. Alors par pudeur on ne veut pas les étouffer avec nos fantastiques évolutions et notre quête du bonheur.

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Là-dessus, certains chopent une gastro, d’autres la grippe, mais surtout, arrive un soir où on a un coup de mou, une excuse rêvée pour annuler la sortie prévue, ne voir personne, ne pas faire de sport, ou tout ce qu’on veut qui nous éloigne du combo pyjama-canapé-chocolat-téléfilm moisi.

La grande spirale du renoncement s’enclenche, et on se sent vite comme une merde répugnante, une personnalité molle qui a déçu ses espoirs et ruiné son potentiel. Qui a abdiqué sa chance pour revenir dans le droit chemin de la Basse Banalité. Une volonté de plastique fondu, et la pleine conscience qu’on a déjà foiré tout ce qui était prévu.

Voilà, on est à peu près à ce moment de l’année. Pour certains, c’était la semaine dernière, pour d’autres, ça viendra dans une semaine, ou dans deux. Mais ça viendra pour tout le monde (NdA : sauf pour l’élu 2014. Mais rassurez-vous, s’il a attendu 2014 pour être l’élu, c’est qu’avant, il a lamentablement échoué comme nous tous. Et qu’au regard de son année exceptionnelle, plus dure sera la chute en 2015).

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Alors vient l’éternelle question, celle qui permettrait de conjurer le sort ou d’envisager le futur sous l’angle d’une révélation éternelle : pourquoi on a besoin de dates symboliques pour envisager de se remettre un peu en question ? Parce que là, soyons parfaitement honnêtes, on va très vite arrêter de culpabiliser et on va remettre notre grande révolution personnelle à l’année prochaine. Ou aux prochaines vacances. Mais pas à demain. Non, parce que demain, foutu pour foutu, je bouffe des chips devant Masterchef. Et parce que c’est toujours plus simple de se dire qu’on va changer que de changer.

Et comme au final on ne changera jamais, autant se dire tout de suite qu’il n’y a absolument aucun mal à se gratter le bide sans la moindre ambition. L’estime de soi ? Un vieux relent du XXe siècle. C’est le poète qui avait raison : le plastique, c’est fantastique.