Propos recueillis par Anna Rios-Bordes

Fauve voit grand et se pense petit. La spontanéité et la naïveté du collectif parisien se heurtent à l'épreuve du succès. Leur deuxième album raconte ce parcours insensé, avec à la clé, parait-il, une sortie du tunnel…  Leçon d'humilité avec dévoreurs d'espoir.

People Are Strange : Vous êtes en colère Fauve, ou nihilistes ?

Fauve : En colère oui, nihilistes sûrement pas. Certes on fait dans l'auto-flagellation, mais c'est notre côté judéo-chrétiens, blancs culpabilisés. Quand on a envie de tout envoyer valser, on en revient vite à la raison.

P.A.S : C'est pas un peu adolescent de vouloir transcender l'ordinaire ?

Fauve : C'est adolescent d'aspirer à mieux ? Peut-être. Vous savez, nous ne sommes pas très matures, pas très robustes. On ne se prend pas pour autre chose que ce qu'on est. On partage une forme de naïveté. Elle nous va bien. On est une bande de pauvres gars qui ont décidé de parler à voix haute. Pas prosélytes pour un sou, en quête de quelque chose de plus profond, de plus exaltant, d'un sursaut pour ceux qu'on aime. On cherche à être amoureux, respectueux…

P.A.S : Vous croyez en l'amour ?

Fauve : Putain oui, on y croit !! L'amour solide comme de l'acier.

P.A.S : Celui que vous décrivez dans Rub a Dub ?

Fauve : Par exemple. Dans Nuits Fauves, on évoquait la passion. Rub a Dub c'est autre chose, ça correspond plus au désir présent : trouver un co-pilote, un partenaire, un pilier, un bras droit. La passion, pour le coup, c'est un truc assez adolescent.

 

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P.A.S : Vous êtes quinze dans le collectif, ça suffit pour tout gérer ?

Fauve : On essaie de tout faire nous-mêmes. Comme un atelier d'artisans. C'est vrai qu'on commence à être débordés parce qu'on veut répondre à tout le monde. Et qu'en plus de faire de la musique et des vidéos, on s'est mis à vendre des objets, des t-shirts qu'on envoie de partout. L'administratif, le juridique, c'est compliqué. On pouvait pas gérer les salles de concert, on a délégué à un tourneur. Mais quelqu'un qu'on connait. Même chose pour la distribution. On est pas très intéressés par les compétences, plus par l'envie que les gens ont de travailler avec nous.

P.A.S : C'est dur de se mettre d'accord artistiquement ?

Fauve : On discute beaucoup, c'est bien d'être nombreux, ça permet d'envisager tous les angles. Et puis on s'entend bien, on se bouffe pas le nez. Globalement c'est assez fluide. Il n'y a pas de droit de véto, on n'est pas marxiste. Les personnes qui ont un avis prépondérant sont celles qui s'investissent le plus.

P.A.S : Pourquoi ce logo ?

Fauve : On est parti sur un F stylisé et on s'est rendu compte que ça donnait le signe "n'est pas égal à", ce qui correspond exactement à ce qu'on veut dire dans nos chansons. Nous sommes tous uniques. Ce logo est un genre de mantra graphique, un manifeste à nous-mêmes. On est content de l'avoir trouvé.

P.A.S : Le succès, ça a changé quoi ?

Fauve : On ne comprend pas ce qui s'est passé. On est vachement surpris de l'engouement général. Nous, on avait, avant tout, besoin de vider notre sac, de lâcher du lest, si possible de façon élégante. C'était thérapeutique, un exutoire. C'est le mot qui revient tout le temps, mais parce que c'est vrai. C'était quelque part un peu égoïste…  Et que les gens réagissent à ce point-là ! C'est perturbant. Et galvanisant ! On était persuadé qu'on n'intéressait personne. Notre musique est abrasive, pas très funky. Et on est un peu des cas sociaux, faut se le dire… Au lycée on se faisait pas taper dessus, mais nous étions transparents, de vrais fantômes ! C'est ça le plus fou, aujourd'hui, on est sous les projecteurs et on n'en revient pas ! On a l'impression d'être des imposteurs.

P.A.S : Vous craignez la critique, l'emballement des médias ?

Fauve : C'est bien la critique, on est les premiers à être insatisfaits de ce qu'on fait. Ce qui est sûr c'est que le niveau de retentissement du projet par rapport à sa maturité est disproportionné. On n'a pas d'a priori sur les médias, comme on a des à priori sur personne. Nous ne voulons pas que le battage médiatique soit trop disproportionné, c'est tout. L'important c'est d'être libre de faire ce qu'on fait, c'est ça notre soupape.

P.A.S : Parler de la banalité c'est encore possible quand on est connu ?

Fauve : On ne parlera plus du métro si on ne le prend plus ! En l'occurrence on le prend toujours… Mais on ne parlera plus du bureau. Les histoires qu'on raconte c'est ce qu'on vit, ça se passe dans notre périmètre. On a des réflexions à la marge, comme tout le monde, sur ce qui nous entoure. Mais ce n'est pas le propos de Fauve. Nous, on raconte notre histoire.

P.A.S : Un deuxième album autobiographique, vous êtes bavards depuis Blizzard !

Fauve : Absolument, on a besoin de raconter. Ce qui nous est arrivé depuis Blizzard est exaltant : comment le premier album nous a changé, ce semi-miracle qui a été une sortie du tunnel… Le raconter sous la forme d'un cheminement mental et psychique. Ce qu'on a vécu est quasi mystique, il fallait le consigner. On s'en souviendra quand il faudra retourner dans les bois… ou au boulot.

P.A.S : C'est envisageable de retourner au bureau ?

Fauve : C'est envisageable oui, s'il faut le faire on le fera. On veut pas élever nos enfants sur les routes non plus, comme de vieux musicos (avec tout le respect qu'on leur doit !). L'idée de vieillir musiciens est super angoissante pour nous.

P.A.S : Votre remède contre l'angoisse ?

Fauve : Lexomil. Non, se bouger le cul bien sûr. Encore et toujours.

P.A.S : C'est quoi la cock music et la smart music ?

Fauve : C'est le délire d'un pote qui dit que tout ce qui est produit avant les années 1980 c'est de la cock music - qui a des couilles -, et que tout ce qui vient après c'est de la smart music.

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P.A.S : C'est bien arbitraire...

Fauve : Ah, mais c'est juste un délire entre potes. La chanson parle pas de ça d'ailleurs, elle parle de la capacité à mettre des mots justes, limpides, sur les choses. Cock music et smart music, avouez que c'est bien trouvé !

P.A.S : Les Pixies, c'est grosses-couilles bien sûr ?

Fauve : Oui, grosses couilles.

P.A.S : John Lennon ?

Fauve : Bah... Plûtot smart.

P.A.S : Noir Désir ?

Fauve : Vaste question.. Cock au début, puis de plus en plus smart. Leur premiers concerts étaient sauvages, brutes.

P.A.S : Dans la chanson Rag 1 le voisin écoute du Pink Floyd ? Quelle chanson ? Quel album ?

Fauve : Je crois bien que c'était Breath de l'album The Dark Side of the Moon. Qu'est-ce qu'on a pu le faire chier ce voisin !