Par Anna Rios-Bordes

 

Les quatre punkettes austiniennes de Lena Dunham reviennent à l'écran, au sommet de leur déclin. Ruptures, rehab, tortures affectives et tentatives de suicide, les ex-ados new-yorkaises s'en prennent plein la gueule. Et sans répit pour le spectateur.

Avant, la ville les attaquait. Maintenant elles s'arrachent les plumes entre elles. Les différentes personnalités de Hannah, Marnie, Soshanna et Jessa, aussi familières qu'insaissables, servent une réflexion sur l'amitié vache.

Hannah est sortie de sa crise de tocs plus narcissique que jamais et a trouvé du travail dans une maison d'édition (le doute sur l'égo de la scénariste et celui du personnage qu'elle incarne est maintenu). Elle n'est plus la seule à se fatiguer de ses excès, Marnie et Soschanna l'ont rejointe dans cette escalade à la névrose. N'arrivant plus à communiquer, les jeunes femmes se retranchent dans des solitudes affectives : le couple pour Hannah, la fiction et la télévision pour Marnie, le sexe libre pour Sochanna…  Jessa, plus effacée, éponge son séjour en rehab.

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Les lieux, les allures, les enjeux sont renouvelés avec une vivacité et une âpreté saisissantes. Car Lena Dunham ne s'installe pas dans le ronron du feuilleton et continue d'explorer les formes possibles de sa série. Les épisodes, inégaux, ont une existence quasi-indépendante.

Ce n'est pas encore la franche radicalité d'un Louis CK qui pose son personnage dans des hors-temps scénaristiques, en noir et blanc. Mais l'inventivité en matière de renouvellement du scénario est indéniable.

Dunham laisse le soin, par exemple, à ses personnages secondaires de combler les ellipses entre la saison 2 et 3. C'est par le biais d'Elijah que nous apprendrons la raison de la séparation entre Marnie et Charlie.

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L'obsession de la petite action contrariée est plus gênante, parce que pour le coup, redondante. Les revirements abruptes de situations sont systématiques. Marnie et Ray viennent de coucher ensemble, un mauvais mot de Ray fait claquer la porte à Marnie. La piste de l'amitié entre Jessa et un homme au centre de rehab est écartée d'un seul coup.

Tout ce qui naît meurt aussitôt chez Lena Dunham. Comme si l'espoir et le désespoir se frayaient un chemin dans chaque acte du quotidien. Conviction rendue allégorique dans la scène du pique-nique dans le cimetière, qui trouve ses limites dans l'autosatisfaction de la trouvaille visuelle.

L'humour toujours subtil de Girls et les beaux moments d'écriture (la pause pendant le road trip, la danse mécanique en attendant le bus à la fin de l'épisode 7), ne suffisent pas à aérer le discours pessimiste qui englue la série dans une sorte de frime de la lose.

Au final, le bal des névroses laisse un goût amer. Cette saison fait l'effet d'une très bonne liqueur qui aurait tourné et piquerait un peu.