Par Anna Rios-Bordes Photos : Pauline Araujo et Laurie Franck

Quatre musicos accros au rock seventies et au métal, caressent la belle voix pop de "Taïni", brunette bête-de-scène au nom exotique. Les sulfureux Taïni & Strongs débarquent de Lyon et signent un premier album prometteur : Bang! Rencontre au Transbordeur, après la manif des intermittents, autour d'un Scotch et d'une robe glitter.

Taïni & Strongs : Bonjour People Are Strange !

People Are Strange : Bonjour, quel bel accent anglais !

T&S2 crédit Laurie Franck

T&S : On a bossé sur l'anglais, on est visionnaires…

PAS : Le parti pris capillaire à la guitare est tout aussi remarquable.

Mathias (guitariste) : Merci, c'est des heures de soins.

PAS : Alors, pourquoi ce nom de groupe ?

T&S : Les noms de groupe c'est toujours relou à trouver, on a mis du temps. Taïni ,ça veut dire capitaine en japonais.

PAS : Donc c'est toi Ambre, le capitaine ?

Ambre : Je suis mise en avant parce que je suis la seule fille et que je chante. Mais je suis portée par les musiciens, sans eux derrière je n'ai pas la même liberté.

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PAS : Comment vous êtes-vous trouvés tous les cinq ?

 Ambre : Depuis la fin 2010, nous sommes cinq :  Mathias à la guitare, Nico à la batterie, Damien à la basse, Alwin au clavier et moi au chant. J'avais des morceaux dans mon ordi, des ossatures. Pierre Vadon m'a aidée sur la ligne artistique, les compos. A l'origine, Alwin est mon meilleur pote dans la vie, on avait déjà travaillé ensemble et je voulais absolument que ce soit lui au clavier : on a exactement la même culture musicale. On travaille hyper vite ensemble. J'ai pris le temps de rencontrer les autres membres du groupe. Avec Mathias, on s'est rencontré au conservatoire en musique actuelle. Je cherchais un guitariste, il était hyper charismatique et jouait super bien, donc je suis allée le voir, je lui ai dit est-ce que tu pourrais écouter, voir si ça te plairait de faire partie de ce projet… Il a écouté, il a signé !

Mathias : J'ai rien signé du tout !

Ambre : Ouais c'est ça, il a dit banco direct ! Le suivant c'était Damien, pareil, on se connaissait par amis interposés et je savais pas qu'il faisait de la basse, je le connaissais juste en tant que guitariste. Damien a lâché son taf à côté et a fait une formation de technicien dans la musique. Par Damien, j'ai connu Nico qui était le batteur de Madame Olga, je l'ai vu sur scène.

PAS : Cette union a pris combien de temps ?

 T&S : Huit mois. Il y a une osmose qui s'est faite immédiatement à cinq. Ça a fonctionné tout de suite. On avait la pré-prod, on a bossé cinq morceaux qu'on a tout de suite enregistrés pour avoir un support. On est parti jouer, on a fait beaucoup beaucoup de concerts en deux ans.

T&S1 crédit Laurie Franck

PAS : Et à cinq, le processus de création ça se passe comment ?

Ambre : Pierre (Vadon) était là un peu au début, en tant que DA. Au fur et à mesure on s'est débrouillé seuls. On compose tous ensemble, c'est démocratique. J'arrive toujours avec une ossature, une mélodie, un texte. Puis je m'inspire de ce que m'envoient les loulous. Parfois des basses d'abord, parfois des batteries en premier, ça dépend. On bosse en binôme avec Alwin ou Mat, puis après on bosse tous les cinq. Il y a une ligne directrice, on l'a tous en tête, on sait où on va et on se laisse aller à la création. On teste plein de choses, la création c'est ça, tu testes en permanence. Il y a un "power trio" de base vraiment puissant = guitare+batterie+basse, les voix rajoutent la mélodie au tout.

PAS : Pour vos influences, on dit entre autres The Kills, Franz Ferdinand… Que revendiquez-vous ?

Ambre : Bah plein de choses en fait. Plus on écoute le disque, plus on découvre des influences. C'est assez inconscient, c'est tout ce que t'as ingurgité pendant des années. J'ai 28 ans, j'ai eu le temps de mûrir le truc, d'aduler Bowie par exemple… Il fait partie des mentors absolus. Avec Alvin, on a une culture assez similaire, on vient du même bord. On écoute beaucoup d'éléctro-pop, des choses comme Metric, Métronomie, enfin je sais pas ,on en voit mille des concerts, tout le temps en fait. Mathias est hyper seventies, je pense que ça s'entend dans son jeu. Damien vient du métal. Nico est très fan du très gros rock à la Rage Against The Machine. J'adore Phoenix.

PAS : Et Blondie ?

T&S : Beaucoup de gens qui nous voient en live font le lien avec Blondie. C'est la première chose qui est ressortie en concert. Pourtant on a pas beaucoup écouté Blondie.

PAS : Vous avez une jolie présence scénique, vous vous éclatez ?

 T&S : On fait de la musique pour ça en fait, pour s'éclater sur scène. Tout le reste est très intéressant, la créa, le studio… Mais le but ultime et absolu c'est celui là. C'est d'aller s'éclater avec les copains sur scène, de faire les cons et de se marrer. Un total lâcher prise, un total exutoire, pas de réflexion sur le moment quoi. C'est complètement libérateur !

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PAS : Vous avez un manager ? 

T&S : Le management et le booking on s'en charge. La com, c'est autre chose, on bosse avec des attachés de presse (Citron Plume). C'est dur de trouver de bons contacts, un entourage de confiance. Plein de pros nous filent des coups de main, des conseils, et nous soutiennent. Mais rien de structuré pour le moment. On aimerait vraiment un tourneur parce que le booking, c'est super ingrat !

PAS : Qui sont vos "concurrents" directs ?

T&S : En France ? Certainement Skip The Use.

PAS : La suite, c'est quoi ?

T&S : Nous sommes partisans du "step by step", on veut gravir doucement les échelons, sans se cramer. On va asseoir notre set live, notre album, aller sur scène, faire 100 dates, bosser à fond. On ne prendra pas de virage artistique draconien, on va pas partir ailleurs. Nous souhaitons une évolution construite. Pour le futur proche, on sera au Bus Paladium le 16 mai à paris avec Fancy.

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 PAS : Et pour ce qui est du rêve ultime ?

Ambre : Certains diront : quand j'aurais fait Rock-en-Seine, j'pourrai crever. Le but ultime ? Etre sur la scène des Eurocks. Perso, j'ai une culture anglophone, j'voudrais jouer en Angleterre. En Belgique aussi, et à Berlin. Les capitales européennes me font rêver.

PAS : Vous vous sentez concernés par le combat des intermittents du spectacle ?

T&S : Bien sûr ! Il faut protéger le statut, il faut réagir. La culture en France en ce moment c'est pas le top. Ce serait cool que les gens arrêtent de mater la télé et qu'ils aillent voir des expos, des concerts…