Par T. Goodman

Ils sont souvent talentueux, parfois même introvertis, et aimables dans la vie quotidienne.

Mais le jour du concert, le batteur tremble de toutes ses baguettes, le guitariste ravale péniblement sa salive et ses 2 litres de Jack Daniels. Quant au bassiste, il se ronge les ongles jusqu'au manche : les fauves sont lâchés.

Cet agréable compagnon de répétition aux joues roses et à la mine avenante va céder aux affres de l'ivresse scénique.

Certains s'en sortent admirablement bien : on les appelle des bêtes de scène. D'autres poussent un plus loin, preuve parfois que la frontière entre le génie et le ridicule patenté est extrêmement ténue.

P.A.S. oblige, commençons le florilège par un groupe cher à notre cœur.

Les Doors

De par ses excès et son caractère de putois insomniaque, Jim Morrison est souvent sur le fil du rasoir en concert. Le 1er mars 1969 c'est un Jim en retard et passablement éméché qui arrive sur scène, remonté comme une lèvre botoxée. Il commence quand même par essayer de chanter,  puis,  de guerre lasse se met à haranguer la foule en l'insultant copieusement. Celle-ci, en pleine crise masochiste et l'applaudissant de plus belle, incite Jimmy, dans une ultime provocation, à sortir un tout autre type d’organe, pour ne pas dire sa bite. La version est toutefois controversée, voir wiki(ki)pedia.

S'en suivent arrestation, procès, condamnation. Cet épisode malheureux marque le début de la fin de ce gigantesque groupe.

Iggy Pop

Qui dit kiki dit Iggy. On ne compte pas les innombrables fois ou Mr Pop, en plein milieu d'un couplet, s’arrêtait brusquement pour faire respirer l'engin, causant l’énervement du reste de la troupe et la pâmoison de l'audience quand ce n’était pas l'hilarité : avec l'âge, "l'iguane" est devenu lézard. Gageons tout de même que l'affreux a plus d'un concert monstrueux à son palmarès. On lui pardonnera donc son exhibitionnisme maladif.

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Future Islands

La vidéo du passage de ce groupe chez David Letterman a récemment fait le tour du net. Leur chanteur est habité : sa chorégraphie a fait passer les gesticulations grotesques de Lady Gaga pour des rondes d'enfants anodines. Une sorte de patinage sans glace mais non sans grâce (ah, si! Moi j'aime bien parfois...), mais le plus marrant c'est le contraste avec le stoïcisme à toute épreuve du reste du groupe.

Monotonix et les SavyFav

Les paléontologues se creusent la caboche depuis 200 ans à propos du chainon manquant entre l'hominidé et le primate : en exclu pour People Are Strange et devant vos yeux ébahis parcourant fiévreusement ces lignes à la recherche insensé du scoop ultime, j'ai trouvé. Ce sont les chanteurs de rock lourd en slip, chaussettes et cheveux gras, avec pilosité chatoyante que l’on devine odorante. Malheureusement on s'aperçoit que dans la mutation singe/homme, les cordes vocales ont une légère évolution de retard.

Jon Spencer Blues Explosion

Jon Spencer, le leader de Blues Explosion est un homme qui sur scène se sent comme chez lui. Il est d’ailleurs tellement bien dans ses pantoufles/santiag qu’il ne veut plus partir. Dans cette prestation live de Nulle Part Ailleurs, sous le regard amusé de Jackie Chan, l’énergumène énerva sérieusement les présentateurs en vociférant des « yeah » ad-libitum tout envampirisant allégrement la plage horaire de l’énervante miss météo du moment.

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The Brian Jonestown Massacre

Sur l'excellent documentaire "Dig!" retraçant la vie de deux groupes (les Dandy Warhols et le groupe suscité), nous faisons la connaissance d'Anton Newcombe leader napoléonien du T.B.J.M. Au fil du visionnage, on s’aperçoit de la santé mental précaire du jeune homme et de sa catastrophique propension à vouloir gérer son groupe de manière autocratique. Il pète littéralement une durite à la moindre mauvaise note de ses sujets-musiciens comme en témoigne cet extrait du film que vous devriez voir en intégralité tellement c’est bien.

Jonathan Richman

 

L'ancien leader des magnifiques Modern Lovers (et leur fabuleux hymne "Roadrunner") ne s’est pas fait débarquer du groupe pour ses frasques, ni pour ses consommations abusives de divers psychotropes mais pour sa manie d’être constamment hors-sujet. Jonathan Richman est ce qu’on appelle communément un doux dingue, tout à fait capable de s’arrêter en pleine chanson pour parler tricot avec un type au premier rang ou juger opportun de présenter sa dernière maquette de bateau sur scène (authentique). Inadéquat on vous dit, à l'image de sa carrière solo bisounourso-folkeuse.

Pearl Jam

Voici le chanteur perché au sens littéral du terme. Eddie Vedderest en effet monté tout en haut d’une scène dans une version sport extrême du cochon pendu. Pourquoi pas Eddie mais fais vite, plante un drapeau au sommet, claques une tof et quand tu redescends on fini le concert.

GG Allin

Le meilleur pour la fin : le net plus ultra de l'ingérable, le De Vinci des deglingos, 15 ans de carrière et 26 groupes (!),très actif dans le milieu du punk-rock mais totalement cramé par la dope et la bibine, il possède la palme des concerts dégueulasses avec au programme automutilation, scatologie, exhibitionnisme, baston avec le public et/ou le service d'ordre et/ou ses propres musiciens, prise de drogue en live, incitation à la pornographie et je vous en passe. Mort à 36 ans d'overdose, ses funérailles furent à l'image de ses prestations : excessives. Habillé d'un blouson de cuir et d'un slip en sparadrap, il fut au centre d'une fête d'adieu orgiaque organisée par son frère, des groupies posant sur le corps du défunt et se faisant verser de l'alcool et des drogues dans son cercueil. Paix à ton âme GG.

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