Par Anna Rios-Bordes  

Patchwork insolite de destins non héroïques, le film de Roy Andersson Nous, les vivants ne peut être enfermé dans un synopsis.

La narration fait de brèves intrusions dans la vie d’une femme dépressive, d’une groupie triste, d’un couple qui s’engueule, de musiciens du dimanche, d’un laveur de carreau, d’un coiffeur… et de quelques autres « vivants ».

La mort rôde autour d'eux, allégorique, lorsque la cloche du bar sonne pour inviter les clients à passer leur dernière commande. Pendant de la tragédie, l'humour loufoque arrache quelques moments de rire.

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Les choix artistiques d’Andersson servent un paradoxe audacieux : les personnages, véritables automates, se révèlent bouleversants d’humanité. Les décors foisonnent de détails de vie, picturaux. Les couleurs pastel renforcent le sentiment de lassitude et de flegme ; la bande-son crie le vide intérieur. Mais la caméra, distante, ne s’approche jamais du visage des acteurs et donc, finit par les uniformiser. Ce procédé prive le spectateur du réflexe d’empathie. Le constat de l’échec du vivre ensemble est rendu froidement.

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Jacques Tati, Luis Buñuel, les Monty Python, Ingman Bergman, Jérôme Bosch, Samuel Becket…  La critique a attribué toutes les influences à l’énigmatique Roy Andersson, qui ne manque pourtant pas de style.

Osons, pour participer à cette cacophonie cinéphile, le parallèle avec Emir Kusturica, dans leur choix commun de traiter la mort par l’absurde et en musique.

Singularité d’Andersson : la raideur des plans. Tellement raides, qu’ils évoquent des tableaux surréalistes. Le surréalisme est respecté jusque dans l’onirisme.

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Les scènes de rêve, racontées sous forme de monologues, sont l’occasion d’éclats poétiques (comme lors du mariage dans le train).

Les phrases suspendues, les déchirements tamisés, les absurdités, les rendez-vous ratés, l’impunité des petites ignominies filmées, laissent un goût amer. D'autant que dans le final, Andersson livre sa vision du sauvetage humain : son atomisation.

Le malaise est vite rattrapé par la certitude d’avoir rencontré un maître de l’universel.

Nous, les vivants est disponible en DVD