Damien Jurado, songwriter américain originaire de Seattle, nous livre son 11ème album, l'enthousiasmant "Brothers and sisters of the eternal sun".

Seattle oblige, Damien Jurado a débuté sa carrière dans différents groupes punk-rock qui n’ont jamais vraiment décollé mais laissaient percevoir une accointance plus folk.

"Trapped", titre qu'il chantait au sein du groupe Coolidge, en témoigne

Affranchi des affres punk dans le milieu des années 90, influencé entre autres par Nick drake et Neil Young, l’américain fonde sa propre maison de disques distribuant ses folk-songs uniquement en cassette (média le plus économique à l’époque). Reperé par Sub Pop en 1997 (Seattle quand tu nous tiens...), il signe ensuite chez Secretly Canadians (Yeasayer, the War On Drugs), chez qui il sort son 7ème album.

On devine que l'homme a bourlingué, en a bavé des ronds de tsetson pour vivre de sa passion. Inscrite sur son visage grave et buriné.

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Souffrant naguère d'un manque de charisme dans le milieu folk intimiste (au détriment d'artiste comme Eliott Smith, Cat power ou encore Sparklehorse), Damien Jurado est infiniment plus concerné par les 10 chansons du nouvel opus.

Le ton est donné dès la première plage "Magic Number" où sa voix, magnifique de pureté, de plus en plus proche de celle de Neil Young, se donne des accents mystiques et nous fait plonger dans un songe gracieux et poétique.

L'auditeur pris au piège de l'attrape-rêve, se laisse conduire à la frontière entre dark folk, pop du terroir, et americana teintée d'incantations. Cet homme est un crooner chamanique, le genre à psalmodier "my way" au pied de Joshua Tree… Un sorcier avec pour seul totem sa guitare.

Sur Jericho Road, sa voix plus en retrait et plus grave nous renvoie à une conquête de l'ouest vue du côté des Indiens. Les chœurs de la fin nous rappellent les cavalcades désespérées et héroïques des chefs sioux devant l'envahisseur Yankee.

Le trip se poursuit ensuite avec les 6 minutes épiques de Silver Donna dont le rythme très soutenu prolonge la transe en danse de St Guy, afin de panser nos maux les plus profonds.

Le guérisseur-folk nous passe ensuite avec Silver Joy un onguent rock aux accents nostalgiques.

Le réveil en douceur se révèlera curateur; on s'extirpe de l'album avec la balade lumineuse Suns In Our Mind dont la mélodie presque world et les sonorités légères nous font poursuivre le rêve...éveillés.

En définitive, cet album est vraiment son meilleur. Jurado a eu raison de persévérer dans sa quête musicale et s'érige enfin en digne héritier de Crosby, Stills Nash & Young, avec une dose de modernité et d'intensité en plus. Il perpétue ainsi la lignée des folkwriters habités, comme seul le continent américain sait nous en fournir.

Les amateurs de David Eugene Edwards (Wovenhand, 16 horsepower) ou de Bon Iver y trouveront à coup sûr leur compte. Quant aux autres, on ne saura que trop leur conseiller d'aller jeter une oreille à ces belles compositions, ils en ressortiront enchantés.

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Un petit live dans un café (très beau) :