Par Anna Rios-Bordes

Les photographes Nicole Kenney and Ks Rives ont décidé de rendre formelle la perception de la mort au travers de polaroïds testamentaires. Les américains et indiens qu’elles ont rencontrés ont répondu à la question directe “What do you want to do before you die?”, en écrivant la réponse sur leur polaroïd.

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Cette collection de portraits un peu jaunis montre quelques centaines d’hommes et de femmes pris en flagrant délit de pragmatisme aigü (« devenir riche », « m’acheter un nouveau scooter », « porter tous les vêtements de mon dressing »), d’idéalisme (« mettre un terme au racisme », « sauver les pauvres ») de mysticité (« trouver Dieu », « mourir à nouveau, la première fois était tellement merveilleuse »). Les 2/3 des sondés ont opté pour un lyrisme plus tiède : « vivre heureux entourés de ma famille et de mes amis ».

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En même temps qu’elle est la quintessence de l’universel (les habitants du monde entier y sont confrontés), la mort est culturelle : la perception qu’un individu a de sa propre mort renseigne sur sa culture, les valeurs de son pays. Nicole Kenney et Ks Rives, qui ont respectivement étudié la sociologie et la psychologie, expliquent que les indiens et les américains ont un rapport très différent à la mort : les premiers sont individualistes, expriment principalement des souhaits individuels et cherchent l’originalité dans leur réponse ; les seconds, communautaires, se concertent avant de répondre et font des vœux plus collectifs.

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Le ton de la partie « Hospice » de l’étude “What do you want to do before you die?” est plus grave : dans un hôpital, des malades photographiés avec des tuyaux dans la bouche livrent leur dernier rêve de vie. Une série de photos dans les prisons devrait venir étoffer ce volet plus somatique sur la perception de la mort, qui aurait mérité, disons-le, un vrai support écrit.

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Nicole Kenney et Ks Rives travaillent sur l’avenir du projet : dans dix ans, elles retourneront voir les personnes qu’elles ont interviewées pour vérifier si celles-ci ont accompli leur rêve. Les polaroïds pris au Japon, au Brésil, en France et en Italie devraient bientôt être mis en ligne sur un nouveau site interactif : chaque sondé pourra créer sa page, actualiser son profile. Le Facebook du rêve en somme. Saluons l’ironie de ces deux chercheuses de désirs qui traitent de la mort - le sujet - par la photographie - le medium qui immortalise.

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