Par Anna Rios-Bordes

Janvier 2010. Google scande : Rohmer est mort !

Ce sont d’abord des souvenirs heureux qui jaillissent. La passion de ma mère, la file d’attente pour « Conte d’été » au cinéma de quartier en 1996, les soirées « Contes moraux » autour d’un verre de vin dans l’arrière pays niçois. Les débats agités sur le cinéma d’auteur... Un fil rouge tendu jusqu’au dvd store d’un petit quartier polonais de New York, où le propriétaire cinéphile me glissait l’air complice « Ma nuit chez Maud ».

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Avec Eric Rohmer, s’évapore la marque indélébile de soirées romantiques, un peu seule. Ou celle, au contraire, de moments d’élévation, autour de notre inanité. Avec Rohmer, on sentait sa féminité grandir. La jeune fille, objet d’obsession, avait gagné sa complicité d’austère khâgneux.

Eric Rohmer m’a appris à aimer le cinéma. Il m’a susurré des évidences de plans, de cadrage, de choix d’acteurs, d’écriture de scénarios. L’intelligence de son point de vue, mi-moqueur mi-laudateur, était celle d’un poète. Un poète discret.

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Son cinéma prenait le temps d’envelopper, de dérouler. Une réalité parisienne, bretonne, landaise, toujours intime, faite de mots. Le discours en écho de ses personnages flirtant sciemment avec le ridicule d’un milieu bourgeois enivré d’amourettes.

Professeur de lettres, écrivain, critique, initiateur de la Nouvelle Vague, créateur de plus de 25 longs... Le tout sans faire de bruit, sans douter quand Rivette et Godard se partageaient la vedette.

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On aime Eric Rohmer ou on le déteste. C’est assez radical. Mais on ne le dévoie pas au fil des ans, parce qu’il est toujours resté lui-même, érotomane prudent, ethnologue du grand écran, conteur de l’errance.

"On aime Eric Rohmer ou on le déteste. C’est assez radical. Mais on ne le dévoie pas au fil des ans"

 

Lui reprocher de ne s’intéresser qu’à un seul univers est lui rendre hommage. Comme Hitchcock, qu’il admirait tant, Rohmer avait sa signature. Classique et moderne, son cinéma reste intemporel.

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