Avec les copains, on a fait un tour de table vendredi sur les bonnes résolutions du mois de juin. Un moment de communion autour d’un ersatz de Cosmo pas frais, fouetté dans un shacker à fleurs acheté chez les chinois. C’était juste après avoir écouté Mylène Farmer les yeux humides et découvert l’homosexualité d’un ami qui connaissait les paroles de Désenchantée en portugais. On se sentait l’âme légère.

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J’aurais pu parler de mes douleurs hémorroïdaires sans vergogne, seulement j'ai passé l'âge de provoquer avec mon cul. Je peux plus me voir les filles qui disent des gros mots pour faire cool.

Marie a dit qu’elle refusait de discuter de bonnes résolutions, parce qu’elle refusait toute forme de ritualisation autour du temps qui passe, à fortiori en juin. C'est là que ma mère, qui n'était pas dans la pièce, à rajouté qu'il ne fallait pas d'accent au "a" de "a fortiori". J'ai pensé que ma mère occupait une place bien trop importante dans mon orthographe et dans ma vie en général.

Marc a jeté un bout de mortadelle à la figure de Marie, ce qui a taché sa belle jupe en tulle People Are Strange. Emilie a dit qu’à la rentrée 2014, elle s’intéresserait à nouveau aux hommes, et moins aux chiens. Elle l’a dit sans arrière pensée, mais parce qu’elle travaille dans un chenil.

Marc a dit qu’à la rentrée 2014, il allait trouver une petite femme qui lui réciterait Hemingway en épilant son mono-sourcil. Il a remporté l’adhésion du groupe sur la résolution d’en finir avec le mono-sourcil.

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Nathan a dit qu’il arrêterait de prendre de la cocaïne sur les cuisses de femmes noires si l’inflation de la drogue continuait. On a un peu douté du réalisme d’un tel programme, sachant que Nathan est trader et que l’inflation des salaires dans ce milieu est proportionnelle à l’inflation de la drogue – ce qui est incitatif pour les Nord-Américains et lucratif pour les Sud-Américains (c’est pas de moi, je le tiens de mon frère qui est dans l’humanitaire).

Enfin tout ça, c’était avant de sucer nos cookies fourrés à la glace au yaourt qui nous ont coupé l’envie de nous projeter plus loin que notre embarras gastrique.

J’étais quand même un peu triste de constater la mollesse des résolutions du mois de juin, en plein âge d’or de l’individualisme. C'était comme si, à cause de l'abdication du roi d'Espagne et des titres de Libé qui veulent plus rien dire, nous n’avions plus le courage de l'héroïsme. Où sont les Luther King, les Timberlake ?

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J’ai réalisé avec un brin de mélancolie dans le bar moite de Belleville qui nous a accueillis la jambe trainante à 4 heures du matin, quand Emilie a effondré sur moi son regard requin marteau en criant « j’te baise », que nous étions certainement en passe de rater notre vie.

Les bonnes résolutions du mois de juin telles qu’elles ont été énoncées (pêle-mêle) :

_ Faire plus de sport

_Manger mieux des produits dérivés

_Faire l’amour à l'étranger

_Fumer moins, ou des Slim

_Se lever plus tôt

_Ne plus aller chez H&M

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Les bonnes résolutions du mois de juin telles qu’elles auraient du être formulées dans un monde d’envergure plus idéale :

_Baiser à la hussarde tous les jours sur toutes les poubelles

_Aider les pauvres à baiser tous les jours sur toutes les poubelles

_Tourner autour de la lune sans GPS

_Ouvrir un restaurant gastronomique dans le métro parisien

_Pulvériser les lobbies de tabac et leur faire manger leur caca

_Aider l'Union européenne à baiser tous les jours sur toutes les poubelles

_Ne plus dormir, ou alors pendu à un arbre

_Dire à Salma Hayek qu'elle a les seins qui pendent