Artiste : Sharon Van Etten Album : Are We There  

Dans la catégorie songwriter-indie-féminin-avec-guitare-en-bandoulière, il existe une myriade de représentantes talentueuses et recommandables.

Pourquoi choisir Sharon Van Etten ? La dame est assurément moins torturée que Cat Power, moins hype qu'Angel Olsen, moins gracile que Lia Ices, moins hypnotique que Marissa Nadler, moins rock que PJ Harvey, (et je peux faire 30 lignes comme ça : genre moins maquillée que Lady Gaga ou moins morte qu'Amy Winehouse, mais l'on s'égarerait).

La force de l'américaine native du New Jersey est d'être exclusivement et intensément elle-même. Elle a tenu, par exemple, à garder son nom peu accrocheur quand d'autres auraient opté pour des patronymes plus commerciaux comme Katy Pirate ou Cœur de Perry.

Fille d'informaticien et de prof d'histoire plutôt croyants, Sharon Van Etten a bénéficié d'une éducation musicale solide, ses deux parents étant des mélomanes accomplis qui l'ont poussée à apprendre la clarinette, le violon et le piano .

Les offices dominicaux ne font pas d'elle une croyante, mais lui donnent le goût du chant.

Dans le Tennessee, elle commence à apprendre la guitare et à composer ses propres chansons. Son petit copain de l'époque, possessif et jaloux lui répète que ses petites mélodies ne valent pas un rond.

Désemparée, elle part en pleine nuit pour retourner se ressourcer chez ses parents qui l'encouragent à persister dans la musique. Un "mâle" pour un bien.

Son premier effort "Because I Was In Love", hautement autobiographique, est de loin le plus sombre de sa discographie.

Son quatrième album, "Are We There", est sa plus grande réussite à ce jour. La particularité et la force de cet opus résident dans les harmonies fantastiques des chansons. En ces temps modernes où l'on privilégie plus la mélodie ("Because I'm happyyyyy"... mais sors de ma tête vilaine bête), l'alchimie des accords instrumentaux, de la voix et du rythme, est d'une telle fluidité, d'un tel ajustement qu'en dépit d'une ligne mélodique plutôt classique, les chansons sont accrocheuses, poignantes et d'une fragilité très haut dessus de la moyenne.

Sharon colle consciencieusement des bouts de sa vie, de son cœur brisé, sur chaque titre.

"Sharon colle consciencieusement des bouts de sa vie"

Le bout du tunnel n'est plus si loin, si l'on en croit la dernière plage "every time the sun comes up" laissant deviner des jours et des albums plus lumineux.

Les autres chansons sur le thème récurrent des amours déçues, contrariées ou impossibles passent et repassent de la douleur à la douceur, spécialement les 6 minutes de "Your Love Is Killing Me", longue plainte crépusculaire, souvenirs amers de sa relation destructrice.

Les paroles sont souvent simples, directes (I will meet you, on your street I don't wanna let you down, Nothing will change) et du coup immédiatement assimilables. C'est l' atout indéniable de ce style de musique.

Et si de temps en temps, la magie n'opère pas, (plage n°4 : "Our Love" à la rythmique trop cheap pour supporter la mélancolie du thème), tout est très cohérent dans sa quête vitale de reconstruction amoureuse.

Avec le titre de son album "Are We There", Sharon Van Etten nous demande si nous sommes arrivés. Nul doute que nous sommes parvenus à l'apprécier et à lui souhaiter de nouvelles belles harmonies dans sa vie.

T. Goodman