Emblème du Sundance des 10 dernières années, The Kids are All Right est un brillant huit-clos familial à l’approche naturaliste. Installé dans la quiétude d’un jardin bio de Californie, le film a des allures de feel-good movie. Mais la réalisatrice Lisa Cholodenko a des intentions plus profondes.

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La vie tranquille d’une famille huppée de Los Angeles est perturbée par la rencontre des enfants et de leur père donateur. Les deux mères (Annette Bening et Julianne Moore), couple de lesbiennes, ont chacune conçu un enfant avec la semence du même père donateur (indolent Mark Buffalo). Si le scénario démystifie l’impossible équilibre d’une famille aux parents homosexuels (les enfants ne souffrent pas du manque de masculinité, mais du manque d’amour), il ne s’appesantit pas sur l’homosexualité parentale.

Le vrai sujet de Lisa Cholodenko est ailleurs : l’universalité de la déliquescence du couple. Le poids des déséquilibres de la vie à deux, le contrôle des excès de l’autre, la domination, la soumission, la projection de ses propres échecs sur son partenaire, … toutes les difficultés du vivre à deux sont livrées par une mise en scène pointue et rythmée.

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Dès la première scène, les acteurs font preuve d’une incroyable complicité verbale et physique. Leur jeu, tellement chargé d’émotion qu’il en semble fiévreux (surtout Annette Bening), sert avec justesse un texte jubilatoire. La maladresse des personnages, frénétique chez Moore, est hilarante.

Les membres de la famille s’observent changer, au cours des repas, dans la chaleur suave des soirs d’été ; se demandent des comptes. Les émotions se complexifient, sans artifice mélodramatique. Le chaos familial, sourd d’abord, finit par exploser. Et chose très appréciable dans un film américain : aucun repère moral n’est donné au spectateur pour juger les responsables. Des qualités saluées unanimement par la critique américaine.