Les filles qui se retournent dans la rue, celles qui accrochent leurs yeux taquins aux ficelles de mes futes, ces filles là, je les adore. Je me damnerais pour en croiser une demain, pour me frotter un peu à la malice ambiguë d’une naïade des rues. Je leur trouve ce qu’il faut de désinvolture touchante, de liberté assumée. Sérieux, je donnerais n’importe quoi pour que le soir, en revenant du boulot, l’œillade peureuse du métro bondé se transforme en chambre d’hôtel retournée.

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Il ne faut pas leur confondre les allumeuses du samedi, les teignes perchées à dix centimètres au-dessus de l’asphalte, dont le regard voilé au rhum promet des nuits sans sel. Ces imposteurs sont les vulgaires qui matent par mimétisme, qui cherchent leur féminité dans le duel usé des sexes fâchés. Elles se mettent en scène dans cette guerre des genres absurde : épée soulevée par un bras trop brun, fléchettes propulsées par des arcs Gucci et moues glossées qui se veulent désarmantes. Elles rougissent bêtement quand les copines s’éloignent. Elles ne se laissent même pas toucher le bout d’un sein près de l’interphone. Elles tombent l’armure quand l’ascenseur s’arrête et ne savent plus s’il faut crier ou abdiquer sur le palier. Elles ont leur dogme pourtant, qui les rassure au petit matin : attraper le mâle dominant dans son filet, le montrer du doigt en contorsion, le saloper pour tous ses outrages, surtout, se préserver. Autant de facéties qui me laissent pantois, le pénis un peu mou. Ces reines de pureté n’ont pas l’hameçon qui me fera mordre : je laisse aux jeunes vierges le soin de les fesser.

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Non, je parle ici de femmes qui ne s’écoutent pas jouir. De celles qui gravitent de draps froissés en lits striés. Quand l’une d’entre elles se retourne et te rattrape en pivotant sa nuque, si elle pense ce qu’elle dit avec ses cils, c’est juste grandiose. Cela fait l’effet d’une décharge électrique. La mascarade sociale est effacée de l’ardoise. Quelqu’un, hors caméra, te remet le bon script: alors ici, les didascalies disent que tu lui plais, elle partirait bien avec toi, oui oui c’est écrit comme ça, tout de suite d’ailleurs, le plus vite possible. Et cette ellipse salvatrice détruit tous les préliminaires de drague, leur mollesse béante, leur systématisme exaspérant. Plus de masque aseptisé, plus de courbette ridicule : un rapport animal et simple au corps de l’autre. Un homme face à une femme (blonde de préférence et outrageusement bonne), leur instinct et leur désir primaire en miroir. La voilà la belle érection de l’imbécile heureux qui n’arrive pas à ronfler, dont l’esprit sauvage matraque l’endormissement, pour quelques jupes oniriques.

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Je suis de ceux qui aiment leur copine-femme-maîtresse, qui achètent un bon bouquin pour Noël parce qu’elles trouvent ça ringard les fleurs, qui bouffent les plats du dimanche de leur mère-grande-mère-grande-tante avec infiniment de reconnaissance, en souriant niaisement, qui se frottent les mains à l’idée d’aller faire un foot avec les potes et, si possible, une partie de console. Pas de quoi mériter la palme de l’originalité, je suis un peu monsieur tout le monde et semble m’en contenter. J’oscille la tête de droite à gauche quand elle mesure le tour de ses cuisses, quand elle me demande si Angelina Jolie est CHARMANTE (non parce que jolie on sait, mais le charme dans tout ça ?), tout pour qu’elle me foute la paix. Cette gymnastique à la dérobée est tout à fait banale. J’ai, ces dernières années, applaudi bon nombre de compères qui, tentant de se sortir de situations complexes (tu m’as jamais dit avec laquelle de mes copines tu coucherais ?) esquissaient de nouveaux gestes, truculents, grandioses, parfois malheureusement trop hâtifs (avec ta mère). Ce qui est moins banal c’est mon obsession pour les fesses de l’autre sexe, pour ces insignifiantes petites lunes, si impudentes, si peu prolixes, dérisoires… Ne les rayez pas de la surface de la terre pour autant, ne les détruisez pas ! Pas de malthusianisme avec mes lunes, elles sont si belles le jour quand elles se voilent. Elles me fascinent et me raniment, elles ont l’utilité sociale de me subjuguer.

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L’imbécile heureux est prosaïque sous Donormil. Ce qu’il essaie de suggérer c’est qu’il a en moyenne dix érections par jour, que l’idée de posséder une inconnue, une femme mature sexuellement, l’obnubile parfaitement, que le reste n’est devenu qu’eau fade et guimauve rose. Cela n’a pas toujours été le cas. L’âge des premiers émois le satisfaisait. Sa belle brune le découvrait. Et la morale, ce garde-fou, faisait de tout autre plaisir un mal défendu pour lequel la société avait trouvé un nom superbe : infidélité. Alors il se masturbait gentiment, en cadence, avec les autres cons de son âge. Il coiffait sa mèche avec du gel quand elle se rasait les aisselles, il lui trouvait de l’audace quand elle faisait une quiche. Ses couleurs préférées étaient préférables, le nom de son premier chien effroyable, son sang froid au scrabble remarquable. Il y avait aussi les deux heures de gigot-patates le samedi soir avec le frère commercial et la tante Josie, pour une demie heure de sexe le dimanche midi. Quand des jours moins heureux ont succédé à ce quotidien extraordinaire, il a du trouvé un remède. Désirer d’autres femmes. Ardemment. Violemment. Et avec le temps, il s’est autorisé une exigence de fin connaisseur : de préférence celles qui se retournent dans la rue.

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Aucun hommage julienclerien donc dans ce laïus sur les femmes. Je ne les trouve pas fascinantes-fragiles-difficiles, je n’ai pas le temps de les objectiver et de les magnifier, je suis trop occupé à les désirer.

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Note de l’auteur :

Je remercie mon éditeur Alain Laros, mon ami Eric Folamour, ma famille auvergnate. Une pensée pour Georges Brassens qui m’a tant inspiré avec Misogynie à part.

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Don Harold

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