« We are one ».

Jennifer Lopez n’aurait pas pu mieux dire pour ouvrir la World Cup 2014, 20e édition.

Quatre vingt quatre ans qu’elle dure cette coupe, quand même. Et une espérance de vie à peine entamée. Elle a tout vu, la coupe. Comme une arrière grand-mère en pleine forme.

On lit l’histoire du monde en l’écoutant parler. La coupe du monde est née dans l’esprit d’un français un 28 mai, elle a fait ses premiers pas en Uruguay, ses premières armes sous l’Italie Mussolinienne. Des militaires dans les tribunes. Elle a été témoin de la guerre en marche, la coupe. Et ce n'était que le début.

Elle a vu les nations s’affronter et se réconcilier, les blocs se faire et se défaire, les émergents émerger, le vieux continent vieillir puis revenir, comme un ancien cador qui en garde dans le coffre. On dit même qu’elle a compté. Pour le sort des nations, pour l’intégration des minorités, pour les échanges, et puis pour la paix, aussi.

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Moi j’étais pas né. Mais on m’a dit qu’elle jouait sérieusement cette coupe, qu’elle avait son mot à dire et que, généralement, quand elle parlait, les peuples la fermaient pour l’écouter. Qu’elle était dans toutes les histoires fumeuses, qu’elle en a même réglé quelques unes.

Mon premier souvenir de coupe du monde c’est 1998. J’avais à peine huit ans, et je courais dans la rue pour fêter quelque chose de grand, sans trop savoir quoi. J’ai jamais trop aimé le foot, mais j’ai toujours su que ça voulait dire beaucoup pour les gens, alors je regarde les World Cups quand je peux. 2002, 2006 et les autres.

1er juillet 2014, une alternative France-Algérie ou France-Allemagne, selon les qualifs’ du soir même. Discussion de bar : « Nan mais en vrai frère, France-Algérie wallah on rejoue tout, on les colonise dans une semaine nous la France inch’allah ». L’autre : « France-Algérie bien j’avoue, mais bonne ambiance et si on perd allez-la-France, tranquille. Union sacrée en mode 1914, tous derrière la France et on les dérouille ».

Le premier : « Ouais si on perd ça fera France-Allemagne en plus, 1940 ça passe encore mais 1982 la frappe de Schumacher sur Battiston y vont payer ces bâtards ».

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Finalement assez juste. 1940, qu’est ce qu’on s’en fout ? C’était pas du foot, c’était la guerre. Et la guerre, c’est terminé. La faute de Schumacher en 1982, ça c’est important.

Ca fait pas mal d’années en fait, que la Coupe du monde est devenue du football. C’est pas de sa faute à la Coupe. Elle vieillit dans un monde qui tourne trop vite, mais qui change finalement de moins en moins. Elle se détourne des grands enjeux, et elle divertit. Elle s’est reconvertie en opium des peuples, ça rapporte bien et c’est peu risqué.

Jouer l’avenir des nations avec un ballon, ça fait un peu 1950 quand même. L’arrière grand-mère radote. Maintenant, on a plus de peuples à réconcilier. On rejoue sur un stade les grands évènements du passé. On divertit la masse. La fin de l’histoire. J’en connais un qui nous avait prévenu.

« We are One ». One delighted fat bastard, yelling and spitting budweiser at his gigantic plasma display.

Par Olivier Decaudin