Nouvelle Chronique Schizophrène de Zed Stardust

Aujourd'hui, sommets et camouflets du dernier Lana Del Rey.

Les cimes de l'inconsistance plaintive

Après avoir déchaîné une colonie de rageux considérable avec « Born To Die », Lana Del Rey revient bouder dans nos oreilles avec « Ultraviolence ». Une fois la première vague de vociférations passée, on est plutôt content d’avoir un peu de matière pour enfin prendre la mesure du potentiel purement musical de la fille au duckface permanent. Un potentiel qui ne va hélas pas bien loin.

Il y a des couplets chantés lentement avec une voix mystérieuse et plaintive, puis des refrains en voix de tête fumeuse qui s’élèvent sur les cimes de l’inconsistance, noyés dans la réverbération omniprésente. Une fois qu’on a compris la recette, on s’ennuie comme à l’hospice. Et quand ça dure sur 14 titres, c’est interminable, c’est un cycle pesant qui ramollit le cerveau et favorise l’industrie des anxiolytiques.

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Parce que Lana Del Rey vient de confirmer un bien triste état de fait : elle produit de la musique pour cette population d’enfants gâtés neurasthéniques, tellement enfoncés dans leur ennui que la seule aventure qui s’offre à eux, c’est la dépression et la fascination pour les perversions. De la musique pour tous ceux qui sont effrayés à l’idée de se confronter au monde, de marcher dans les rues, pour tous ceux qui se sécurisent dans des certitudes et refusent de se considérer comme partie intégrante de l’humanité.

« Ultraviolence » est un écrin de choix, un matelas de soie pour ces armées de regards inexpressifs, le stade ultime d’une civilisation de l’individualisme : la tristesse généralisée.

Pas de doute, c’est un public en plein développement.

La doublette arriviste et indigente : « Money Power Glory » suivie de « Fucked My Way Up to the Top ». Des préoccupations bien superficielles pour des chansons affligeantes de médiocrité.  

 Nuances subtiles pour hymnes léthargiques

Après la hype provoquée par son minois qui fait la gueule et son premier album, Lana Del Rey prend le parti de citer Orange Mécanique pour annoncer 14 nouveaux titres. Et si « Ultraviolence » ne risque pas de laisser autant de traces et de traumatismes que le film de Kubrick, il n’en reste pas moins somptueux.

La diva sous Lexomil a franchi un énorme cap de maturité dans la voix, devenue nettement plus expressive. Elle donne l’impression d’avoir digéré le phrasé de milliers de chanteuses pour faire naître une infinité de nuances subtiles dans son timbre aussi écorché que vaporeux.

"On atteint des sommets de mélancolie qui forment des hymnes léthargiques pour nos amours égoïstes"

Quand en plus elle s’appuie sur des chansons bien construites, on atteint des sommets de mélancolie,  qui forment des hymnes léthargiques pour nos amours égoïstes, de magnifiques ballades pour nos sentiments coupables, notre opulence et nos sensibilités déplacées.

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« Ultraviolence » est une cathédrale pour psychiatre, un condensé de nos vies rêvées et de leur complexité ridicule. Et si l’art doit s’imprégner de son époque pour atteindre l’universel, on touche ici au sublime.

Le quarté gagnant :

Les quatre premiers titres sont particulièrement gracieux, avec notamment un « Shades Of Cool » qui donne envie de voir Lana Del Rey chanter le prochain générique de James Bond.

Le témoignage de bon goût :

Une reprise magistrale de « The Other Woman », avec une intensité très justement dosée et des arrangements parfaits.