Comment retranscrire la poésie en images ? Rob Epstein et Jeffrey Friedman ont eu l’idée - pas originale mais bigrement efficace – de transposer les visions torturées du poète Allan Ginsberg en images animées. Le film « Howl », qui retrace le procès pour publication obscène de l’éditeur de Ginsberg en même temps qu’il raconte les débuts de la Beat Generation, possède un indéniable attrait formel.

howl05

A plusieurs reprises, l’œil du spectateur est plongé dans le monde métaphorique de Ginsberg, se perd dans des dessins psychédéliques de chutes vertigineuses, de soldats sombrants, d’immeubles menaçants, d’asiles sans issus. Le texte, scandé dans une phraséologie jazzy, accompagne cette esthétisation de la transe.

"L’œil se perd dans des dessins psychédéliques de chutes vertigineuses, de soldats sombrants"

a

Le recours aux techniques cinématographiques ne s’arrête pas là et le film pêche par gourmandise formelle : les flash-backs en noir et blanc succèdent aux photos-arrêts sur images. Trois histoires sont traitées en même temps : celle du procès du livre intitulé Howl auquel Ginsberg n’assista pas, celle de la première lecture de Howl par Ginsberg au Six Gallery en 1955, celle des débuts de Ginsberg via une interview donnée à un journaliste hors champ. Cette abondance dans le fond et la forme rend la structure brouillonne. « Howl » est une succession de séquences, parfois réussies.

James-Franco-in-Howl-james-franco-21667471-1280-720

Le film n’a pas vraiment de style. Ni lyrique, ni transgressif, ni complètement métaphorique, vaguement expérimental, il échoue dans ce qu’il veut pourtant réussir : provoquer la nostalgie de la Beat Generation. Il ne suffit pas de mettre du noir et blanc pour styliser une scène. Il ne suffit pas de filmer un vieux lecteur vinyle, une tapisserie orange et des lunettes carrées pour faire revivre les années 1960. De même, il ne suffit pas de fumer des clopes en tiquant pour incarner un artiste. Heureusement que James Franco est lui-même un peu artiste (peintre, parait-il), sinon on se serait demandé...

Nous aurions aimé nous laisser attraper par une vague de nostalgie en ces temps monotones de crise. Mais « Howl » est bien trop prudent pour ça. Soyons prudents également, et allons (re)lire les textes de Ginsberg.

ginsberg_howl