"D'abord il vit un homme, une portion vêtue de l'espace ; son visage seul était à découvert. Au centre du visage, les yeux brillaient ; leur expression était difficilement déchiffrable. En face de lui, il y avait un miroir. Au premier regard dans le miroir, l'homme avait eu l'impression de tomber dans le vide (…) Il vit un mur blanc à l'intérieur duquel se formaient des caractères. Peu à peu ces caractères prirent de l'épaisseur, composant sur le mur un bas-relief mouvant, animé d'une pulsation écoeurante. D'abord s'inscrivait le mot "PAIX", puis le mot "GUERRE" ; puis le mot "PAIX" à nouveau. Puis le phénomène cessa d'un seul coup ; la surface du mur devint lisse. L'atmosphère se liquéfia, traversée par une onde ; le soleil était énorme et jaune. Il vit l'endroit où se formait la racine du temps. Cette racine envoyait des prolongements à travers l'univers, des vrilles noueuses près du centre, gluantes et agglutinaient les portions de l'espace. Il vit le cerveau de l'homme mort, portion de l'espace, contenant de l'espace. En dernier lieu il vit l'agrégat mental de l'espace, et son contraire. Il vit le conflit mental qui structurait l'espace, et sa disparition. Il vit l'espace comme une ligne très fine qui séparait deux sphères. Dans la première sphère était l'être, et la séparation ; dans la seconde sphère était le non-être, et la disparition individuelle. Calmement, sans hésiter, il se retourna et se dirigea vers la seconde sphère."

Michel Houellebecq, Les particules élémentaires, 1998.

Crédits photographiques : Pauline Araujo

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